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Cycle de l'héritage - Christopher Paolini PDF Imprimer Envoyer
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Du dracologue
Écrit par Tsaag Valren   
Lundi, 27 Avril 2009 00:00

 

 

L’Héritage est une série phare du roman de fantasy jeunesse, lue et appréciée par des millions de personnes, mais je vous préviens de suite, tel n’a pas été mon cas et je vais me faire des ennemis avec cette chronique ! Car la saga de l'Héritage est avant tout un melting-pot de divers autres récits de fantasy/sf servi par des parents éditeurs et un bon coup marketing... tant pis si les qualités littéraires passent à la trappe ! Le seul bon point de cette saga réside dans la relation avec les dragons...

Edition française d'EragonLes trois premiers tomes de cette série sont édités chez Bayard jeunesse, chacun dans une couleur différente (bleu, rouge et jaune) avec la tête d’un dragon en gros plan. Le dessin est le même que sur les éditions américaines et je ne peux pas dire qu'il soit superbe, Saphira ne ressemblant pas du tout à l’idée que l’on peut se faire d’un (noble) dragon avec ces petites piques, ce gros museau chevalin et ces yeux rapprochés. En résumé, l’emballage est correct mais sans plus : pas de couverture cartonnée ni de dessin de maître ! – Les couvertures des éditions suédoises sont bien plus jolies.

 Lorsque l'on retourne ces tomes pour regarder les 4e de couverture, surprise ! Le jeune Christopher Paolini est comparé à Tolkien lui-même ! Un argument déjà usé jusqu’à la corde, en espérant que ce pauvre Tolkien ne se retourne pas dans sa tombe car Christopher Paolini ne joue clairement pas dans la même cour que lui !

Ouvrons ?Couverture de l'aîné en édition française

Ce cycle accumule quasiment tous les clichés de la fantasy : Un jeune adolescent naïf, orphelin et promit à un destin extraordinaire trouve un œuf de dragon, se lie à la créature qui en sort et doit devenir un héros pour sauver le monde de la tyrannie du roi Galbatorix. Évidemment, il  accomplira une longue quête incluant des visites chez des nains et des elfes semblables à ceux de Tolkien, gagneant des combats et apprenant la magie.

Si le style d’écriture et la profondeur des personnages venaient épicer un peu ce scénario des plus classiques, on pourrait savourer la trilogie de l’Héritage comme un bon gâteau. Hélas, ce n’est pas le cas : l’écriture est maladroite avec un style très visuel qui se révèle uniquement descriptif dans le premier tome (Pour caricaturer, c'est : Eragon voit une falaise. Eragon s’approche de la falaise. Eragon escalade la falaise…)

C’est dommage car les quelques passages plus « émotionnels » (comme celui où Eragon s’endort sous l’aile de Saphira) auraient pu être touchants avec davantage de travail. L’âge de l’auteur – que l’on ne cesse de nous rappeler sur les 4e de couverture – explique certes ces maladresses d’écriture et l’absence de style...A quoi bon un ouvrage où les étoiles sont des "gardiennes d'un autre monde", les nains des troglodytes montagnards et les elfes des amoureux de la nature bien cachés ?

Bien que cela ait été abondamment signalé et que les admirateurs du cycle de l’Héritage s’en défendent, ce cycle présente des points communs flagrants avec d’autres récits déjà existants. C’est très gênant dans le sens où l’Héritage n’est pas l’adaptation d’un mythe ou d’une légende existants, mais bien un cycle de fantasy présenté comme une œuvre originale. Une œuvre originale qui manque singulièrement d’originalité ! Voyez plutôt :

La magie qui s'utilise en connaissant le vrai nom des choses est bâtie sur le même principe que dans le cycle de Terremer d'Ursula le Guin, et encore, il ne doit pas s’agir de la seule…

Edition suédoise de l'aîné
L'ancien langage est recopié des travaux de Tolkien sur la langue elfique, là encore, n’importe quel connaisseur de l’univers de Tolkien pourra le confirmer. Les noms des personnages et des lieux présentent de curieuses homophonies avec les travaux de Tolkien, on ne peut s’empêcher de penser au Rohan en voyant le nom de Roran ou à Ysengard en voyant Isenstar, pour ne citer qu'eux. Les urgals et les krull ressemblent aussi étrangement aux orcs et aux uruks-aï, si l’on excepte leurs cornes… à noter que Krull est également le titre d'un vieux film de fantasy.

La relation entre Eragon et Saphira, souvent présentée comme la grande originalité du roman grâce au lien profond entre un dragon est un humain, est moins travaillée que celle qui unit Fitz et Œil de nuit dans le cycle de l'assassin royal, par exemple. Pourtant, il s’agit exactement du même principe. Là encore, Christopher Paolini n’a rien inventé car le thème des dragons alliés aux humains a lui-même été largement évoqué il y a 25 ans par Anne Mc Caffrey dans sa saga de Pern.

Le monde en lui-même, peuplé d'elfes qui se cachent dans leurs forets et de nains qui se cachent sous terre, ressemble à tout ce qu’il y a de plus classique en fantasy. Les continuateurs de Tolkien, premier à redonner vie aux mythes – notamment nordiques – sont légion et Christopher Paolini ne se démarque aucunement du lot avec son univers. La fantasy, ce ne sont pas QUE des elfes, des nains et des dragons !

Les personnages sont dépourvus de caractère et très classiques, Eragon faisant figure de futur héros naïf à ses débuts, les autres personnages étant assez stéréotypés dans leur traitement comme leurs réactions. Les rebondissements sont prévisibles des pages et des pages à l'avance, et l’avancée du scénario comporte aussi d’étranges points communs avec… la saga Star Wars, mais en version médiéval-fantastique.
 
Edition française de Brisingr

Certes, c’est facile de relever ces points et de dire que l’Héritage a connu un tel succès grâce au battage médiatique dont il a fait l’objet. Mais... l’unique intérêt du cycle réside dans la relation entre Eragon et Saphira, qui se révèle plaisante et touchante. Le second tome montre une certaine progression sur le premier, tant dans le choix de la double narration entre Roran et Eragon, plus difficile à gérer qu’un récit simple, que dans le style d’écriture général. Hélas, le troisième tome - rappelons que l’Héritage devait être une trilogie et non un cycle à la base – regorge de longueurs inutiles et, s’il répond à quelques questions concernant nos protagonistes, il est par trop d’aspects un « tome de transition » préparatoire au final, bref, le résultat d’un succès commercial et un met destiné à faire patienter les jeunes lecteurs ! L’action non-stop et les combats cèdent la place à des longueurs et autres pseudo-révélations devinées dès les premières pages. Christopher Paolini réussit quelques bons passages car son style d’écriture a néanmoins progressé, mais ils sont rares entre les errances de nos protagonistes qui parcourent Alagaesia dans tous les sens alors que l’on se demande où ils veulent en venir au final…

A ceux qui cherchent l’originalité, la profondeur et la réflexion, je ne saurais que trop conseiller de se tourner vers Robin Hobb, Ursula K. Le Guin et les nouveaux auteurs de fantasy francophone dont nous commençons – enfin ! à entendre parler... 

 
 
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