Les contes de crimes, Pierre Dubois PDF Imprimer Envoyer
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De l'elficologue
Écrit par Tsaag Valren   
Vendredi, 16 Avril 2010 06:28

 

 

Vous avez probablement suivi une précédente chronique consacrée aux comptines assassines, et si l’ordre est chrono-illogique, pas d’inquiétude, à vrai dire, recevoir ce recueil de nouvelles truculent qui rhabille les preux héros en merveilles d'immoralité a été pour moi une surprise imprévue. Bonne ? Réponse tout de suite, même si vous vous doutez que j’ai une affection toute particulière pour la prose de Pierre Dubois, et ce, pour un tas de raisons que voilà :

Les contes de crimes précèdent les comptines assassines de huit ans et ont lancé un style totalement inédit, celui des contes de fées réécrits avec des tripes et du sang, voire plus si non affinité, mais toujours avec finesse. Inutile de répéter... quoique si, tout de même, que leur première qualité est de ne ressembler à rien de connu, à tel point qu’ils nous posent un terrible problème de classement. Ce ne sont pas vraiment des contes puisque Pierre Dubois les a inventés. Ce n’est pas de la fantasy non plus. Pas vraiment du fantastique puisque les personnages des contes n’y interviennent pas directement, ils sont là certes, mais cachés, sous-jacents. On ne peut pas classer les contes de crimes, et finalement, c’est peut-être bien mieux comme cela, car ils sont, à l’instar de leur auteur, inclassables.

Ces dix nouvelles auront, pour beaucoup, les qualités de leurs défauts, mais je dirai sans trop me tromper qu’elles ne laisseront personne indifférent. Difficilement abordables car elles nécessitent une certaine connaissance des contes (de Grimm, donc), de leurs thèmes, de leurs morales, mais aussi une bonne dose de concentration pour comprendre toutes les subtilités de l’écriture, ces nouvelles ne forment vraiment pas un roman de gare. Les contes de crimes se lisent au calme, sans distraction entre le récit et soi, mais cette difficulté en fait un véritable oxymore livresque où l’on passe du rire à l’horreur absolue, en compagnie de héros avec lesquels, pour beaucoup, on s’amusait avant le royaume de Morphée. Pour peu que l’on soit émotif, cette fois, c’est un bon billet pour le royaume des cauchemars. Les contes de crimes réussissent à retourner les morales habituelles pour nous plonger dans un monde où le petit chaperon rouge peut vous envoyer au fond du trou pour un bon nombre d’années, où le vaillant petit tailleur en occis sept d’un coup, à ceci près qu’il ne s’agit pas de mouches, où l’on parvient à faire dormir la belle, non dans un bois, mais dans un petit village et par un moyen des plus étonnants, bref, où les héros sympathiques et gentils deviennent des monstres d’immoralité pour notre plus grand plaisir. Car oui, n’allez jamais chercher de morale ou de justification aux contes de crimes, bien que les protagonistes aient toujours une excellente raison ou un motif pour agir comme ils le font... de leur point de vue. En cela, Pierre Dubois nous révèle qu’il connaît presque parfaitement les pulsions et les petits travers (jalousie, manque d’attention, manque d’amour, etc…) de l’espèce humaine.

Le tout est parfois très macabre, mais jamais tomber dans la surenchère horrifique. L'intrigue est mené en subtilité, par d’habiles détournements où les codes et les morales sont renversés.
Les contes de crimes forment donc un recueil que je ne puis que vous conseiller, à la seule condition que vous aimiez l’écriture fouillée qui rappelle celle des auteurs du XIXe siècle. Pour peu que vous gardiez un souvenir béat des contes de votre enfance, vous voilà assurés de passer un excellent moment !

Tsaag Valren

Les contes de Crimes
Pierre Dubois
Hoëbeke
15 €

 
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