Soeur des cygnes 1, Juliet Marilier PDF Imprimer Envoyer
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Romans féeriques
Écrit par Tsaag Valren   
Vendredi, 11 Décembre 2009 14:08

 


 

Faire d’un conte de Grimm d’une dizaine de pages deux romans qui en comptent plus de 300 chacun ? L’idée paraît étrange, et pourtant, Sœur des cygnes est avant tout une œuvre romantique à la fois cruelle et passionnante qui parvient à nous entraîner dans une Irlande médiévale qui fleure bon les forêts celtes, les fées et la magie au fil d'une histoire qui plonge dans la vaste palette des sentiments humains... si l’on excepte ses quelques défauts.

Réadapter une histoire préexistante, conte, mythe, ou saga historique, est toujours un exercice délicat qui impose de jongler entre la fidélité à l’œuvre originale, la cohérence historique et la part d’originalité. Le premier tome de Sœur des cygnes, adapté du conte les six frères cygnes des frères Grimm, parvient à s’affranchir de ces difficultés, et bien qu’encore peu connu chez nous, ce roman a remporté le prix Alex de l'American Library (l’association des livres pour adultes accessibles à un jeune public), et a terminé finaliste du prix Aurealis australien du meilleur roman de fantasy de l'année, ainsi que du prix RWA du meilleur roman romantique de l'année. L’intêret de l’existence de ces deux romans se comprend tout à fait lorsque l’on sait qu’ils sont rédigés à la première personne, Sorcha nous offre ainsi son regard d’adolescente abandonnée mais heureuse, puis de jeune fille torturée, sur le monde qui l’entoure.

A ce sujet, qu’une auteure australienne écrive sur l’Irlande médiévale peut sembler délicat, et pourtant, la restitution des paysages et de l’ambiance de l’Irlande médiévale est assurément le gros point fort de Sœur des cygne, entre le respect dû aux fées et aux forces de la nature, leur côté ambivalent et les descriptions des arbres et des plantes qui donnent presque l’impression de les toucher à travers les pages, rarement aura-t-on vu une œuvre capable de nous plonger de cette façon dans une époque et un pays emprunts de féérie, l’amour de l’auteur pour l’Irlande se ressent en effet quasiment à chaque page.

La lecture des premiers chapitres peut s’avérer délicate si l’on ne se sent pas en accord avec les propos de l’auteur et les réactions de la jeune héroïne, Sorcha, une adolescente qui s’apprête à suivre un long parcours initiatique pour devenir femme. Son point de vue sur ses six frères, chacun possédant un caractère bien affirmé, occupe une grande partie du roman et peut rendre le tout difficile à suivre en raison du grand nombre de personnage. L’histoire prend un peu de temps à vraiment démarrer et peut sembler se perdre en poétiques descriptions, mais lorsque les épreuves commencent pour Sorcha, l’auteur nous dévoile toute sa capacité à nous faire vivre les émotions qui agitent la jeune fille de l’intérieur. Une bonne empathie avec le personnage que certains pourront trouver plus énervant qu’attachant est nécessaire pour apprécier le roman, mais le talent de Juliet Marilier pour manier sa plume dévoilant toute la palette des sentiments d’une adolescente devrait suffire à convaincre les sceptiques. Nous sommes loin de la platitude d’une Bella dans Twilight, Sorcha est bien, comme nous le dit le résumé en 4° de couverture, une jeune fille de caractère, même si ses réactions sont parfois difficiles à cerner.

Qu’on ne s’y trompe, Sœur des cygnes n’est pas une banale histoire d’adolescente préoccupée par ses amours et les transformations de son corps, et les épreuves que traverse Sorcha sont emprunte d’une telle cruauté, d’une telle noirceur, qu’on ne peut s’empêcher d’être émus passé le premier tiers de l’ouvrage. J’avoue sans honte que le passage où elle découvre son jardin totalement saccagé m’a arraché une petite larme… A contrario, certains personnages secondaires semblent manquer un peu de caractère et de relief aux vues des capacités de l’auteur, comme Simon ou le père Brien.

Le plus gros défaut de Sœur des cygnes réside dans… la fin de ce premier tome, qui arrive de façon très subite et laisse une impression désagréable d’inachevé et d’obligation de chercher le second tome pour connaître toute l’histoire, et résoudre les questions que l’on ne manque pas de se poser : quelles sont les motivations de lady Oonagh ? Qu’est devenu Simon ? Autant de questions auxquelles nous aurions apprécié ne serait-ce qu’un semblant de réponse.

Sœur des cygnes est une bonne surprise, un roman dont les multiples prix sont mérités et qui saura toucher, à n’en pas douter, la plupart des lectrices, mais aussi des lecteurs que la palette des sentiments humains ne peut laisser indifférents.

Tsaag Valren

Soeur des cygnes, tome 1

Juliet Marilier

L'Atalante

 

 

 
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