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Imaginaire autour du monde
Écrit par Tsaag Valren   
Dimanche, 20 Septembre 2009 22:34

 

La Charmeuse de bêtes tome 2



Depuis quelques années, les créations japonaises se taillent la part du li…dragon dans les littératures de l'imaginaire et les jeux vidéos français. Citer la saga de jeux vidéos Final Fantasy (les VI° et VII° opus) ne serait pas un bon exemple même s'ils sont, pour de nombreux joueurs, la première découverte de l'imaginaire d'un pays dont la culture est tout à la fois si étrangère et tellement proche. On pense aussi aux Chroniques de la guerre Lodoss, mais pas forcément aux kamiologues du pays du soleil levant… ni aux romans, pourtant de qualité ! Comment et quand est né ce foisonnement d'êtres fabuleux dans les ouvrages et les films du Japon, c'est la question à laquelle nous tenterons de répondre...

(Re)naissance du bestiaire japonais

La fantasy moderne trouve son origine dans de multiples mythes et légendes, nordiques notamment. Elle est née timidement à la fin du XIXe en Angleterre, mais c’est Tolkien qui a véritablement défini et popularisé le genre à la fin des années 50. La fantasy est restée une spécialité anglo-saxonne et américaine durant très longtemps, il faut attendre la fin des années 1990 pour que les auteurs français rencontrent un certain succès. Mais vous le saviez déjà, non ?

Les japonais précèdent les français de presque vingt ans dans le domaine littéraire, à savoir que ce pays fut occupé par les américains de 1945 à 1952 : les japonais jouent à Donjons et dragons quasiment depuis sa création et la jeune génération s'est imprégnée de la culture du pays d’oncle Sam, qui y est restée largement implantée et a d'ailleurs créé un sentiment de révolte envers les valeurs traditionnelles, entre autres l'immense respect pour le travail et les activités professionnelles. Autre débat.

Les japonais n'ont pas "importé" notre culture dans le but de produire des jeux et des films qui s'exportent bien (comme on le croit bien souvent) puisque leurs premières productions n'ont pas quitté les frontières de leur pays. Je suppose, sans trop m'avancer, que le développement des jeux vidéo de type RPG (Role Playing Game) est une réponse au succès de Donjons et dragons chez le jeune public - sachant que les créateurs de jeux vidéos sont souvent des jeunes à l'affut des dernières technologies - mais aussi, et surtout, dû à leur sympathie naturelle envers notre bestiaire fabuleux. En effet, la plupart des japonais ne sont pas monothéistes, mais croient en une multitude d'esprits et d'êtres fabuleux qui habitent les collines, les forêts, les champs, les rivières ou les maisons, et peuvent se révéler bénéfiques ou maléfiques... presque comme le petit peuple ! C'est le fondement de la religion Shinto, et la croyance en ces êtres dans la campagne japonaise est au moins aussi forte que dans les plus beaux coins reculés d'Irlande, d'Islande et de Scandinavie...

Or, un pays en plein développement technologique qui connaissait une incroyable croissance économique après la seconde guerre et les blessures d'Hiroshima et de Nagasaki avait bien besoin de se tourner vers ses esprits protecteurs...

Manga, les "images dérisoires"  

En France, le manga est mal vu. C'est le stakhanovisme de la bande dessinée, le degré zéro de l'art et du dessin, une série d'histoires industrielles qui sont à la BD ce que la boite de conserve est au grand cuisinier, une horreur à base de petites culottes, de gros roploplos, d'immenses épées phalliques et d'hectolitres de sang, qui suscite une haine féroce chez bon nombre d'auteurs franco-belges. Là où les parents lisaient une bande dessinée, fruit d'un an de travail, leurs enfants lisent des mangas dont un épisode paraît chaque semaine au Japon !

L'arrivée des premiers mangas en France correspond à celui d'un sang neuf dans le paysage culturel, à un certain "ras-le-bol" d'attendre un an avant la suite d'une bande dessinée, et à une fascination pour les valeurs japonaises parmi lesquelles le dépassement de soi et l'honneur au combat, mais aussi, et surtout, au retour de ces séries bannies dans les années 1990. Le premier grand manga à succès dans l'hexagone fut Kenshin le vagabond, récit d'un samouraï plein d'honneur qui a juré de ne plus jamais tuer et vit l'arrivée de la modernité. On s'échangeait les tomes du temps où j'étais en terminale L (2000-2001), surtout pendant les cours de philo, et sous le nez du prof :

- "Psst ! J'ai fini le tome 4, tu as le 5 ?"

- "Moi non, mais demande derrière, Vincent il l'a !"

Et les enfants de la génération 1980 (re)découvraient un univers à la fois étrange et étonnamment familier... eux qui avaient été élevés avec les derniers sursauts du pirate Albator, les extraordinaires voyages du train Galaxy Express 1999 (dont j'ai le poster dans ma chambre en passant), les transformations des robots de Gundam, les combats héroïques des chevaliers du Zodiaque : Pégase, le Dragon, le Phénix... avant que toutes ces histoires ne soient bannies des ondes, car soi-disant trop sanglantes et amorales pour des enfants, et remplacées par des œuvres politiquement correctes, concoctées par une génération élevée avec La maison de toutou et Casimir !

Qu'on ne s'étonne, ainsi, que le manga ait connu un succès si fulgurant puisqu'il représente le retour de ces séries qui avaient tant manquées à ma génération, une sorte de vaste pied-de-nez à toutes ces séries imposées à l'arrivée des années 1990, réalisées à base de "petits garçons qui vont à l'école mais font quand même des bêtises et se repentent après", de "comment bien apprendre à vivre dans une famille recomposée", ou encore de "créatures cartoonesques dont les parents nous disaient qu'elles sont les seuls digne d'être vus par des enfants". La "génération Disney" laissait place à la "génération Albator" !http://www.manga-news.com/public/images/series/phenix_reedit_01.jpg

Si beaucoup voient le manga comme un tas de fange dégoulinant de sexe et de sang, on trouve des perles sous celle-ci, et pas des moindres ! L'imaginaire en général y a toujours été présent dès l’origine : le fondateur du manga moderne, Osamu Tezuka, lui a donné une grande place dans sa (très impressionnante) liste d’œuvres. Tezuka, ou l'homme pour lequel je ne tarirai jamais d'éloges pour son Phénix, ou l'histoire de cinq personnes, de l'Antiquité aux temps futur, à la recherche de l'oiseau d'immortalité, et par là, du bonheur... Ou encore l'auteur d'Unico, la petite licorne dotée du pouvoir d'exaucer tous les vœux des gens qui l'aiment. Tezuka s'est principalement inspiré de mythes étrangers (la mythologie grecque, le bouddhisme, etc) pour composer une œuvre monumentale et d'une extraordinaire richesse spirituelle. Au cours d'une conférence, il dira "Le message que je tente de faire passer est simple : AIMEZ TOUT CE QUI VIT !... J'ai toujours tenté de l'exprimer à travers chacune de mes œuvres."

Le Japon doit l’introduction de son propre folklore dans le manga à Shigeru Mizuki, grand fondateur du manga d’horreur mettant en scène un très riche bestiaire composé de milliers de yokai, de tengus, de kappas, etc… La fantasy, telle qu’on la conçoit habituellement avec sa magie, ses monstres, ses quêtes, et ses dragons, fait en réalité une apparition assez tardive. Lister tous les mangas de fantasy pure serait long, fastidieux, et sans grand intérêt, le thème étant devenu très populaire ces dernières années, et la production abondante. Les lecteurs de mangas ne sont toutefois pas forcément des lecteurs de fantasy. Si la fantasy est encore considérée comme de la sous-littérature, certains lecteurs de fantasy voient aussi les mangas comme des œuvres au rabais.

 

Monster Collection
Parmi les ouvrages sympathiques que l’on peut se procurer en France figurent Monster Collection, dont le titre peu engageant cache un scénario peu original mais servi par des dessins superbes. Angel Sanctuary et Bastard ! comptent aussi leurs adeptes, citons enfin le sanglant Berserk, teinté, comme vous l’imaginez, de mythologie nordique (et pas que de tripes volantes)...

La littérature fantasy japonaise

La littérature fantasy japonaise, méconnue en France car non traduite la plupart du temps, est née d'un curieux mélange entre l'abondant légendaire japonais et les productions américaines :

 

The guin saga

La plus connue estThe Guin saga, une grande épopée d’heroïc-fantasy, grande tant en terme de ventes que de volumes puisqu’en avril 2009, le 126ème opus de la série est paru. Cet amnésique au masque de léopard, phénomène dans son pays, a vécu bien des aventures depuis son éveil en 1979… Et ce n’est pas près de s’arrêter. The Guin saga a été récemment traduit en français, et se trouve en cours de publication en poche chez Fleuve noir. 

 

Serei no morihito

L'auteure fantasy du moment est, selon Fabrice Chotin, joueur de Uelann pipe français qui a adopté le Japon, Nahoko Uehashi. Ses livres, comme Seirei no moribito ou Shishi no sousha connaissent un grand succès, tout comme leurs adaptations en animes et mangas. Une traduction en anglais existe sous le titre de Guardian of the Spirit (pour Moribito), et depuis avril 2009, on la retrouve en français comme La charmeuse de bête. L'auteure parvient non seulement à développer des histoires passionnantes à la fois poétiques et remplies de rebondissements, mais en plus, elle leur fait prendre place dans la période médiévale asiatique (et non pas européenne comme nous en avons l'habitude), ce qui confère une grande originalité à ses œuvres. Car bien souvent, les œuvres japonaises ont été découvertes par le biais du jeu vidéo, domaine dans lequel le pays du soleil levant a toujours excellé...mais qui ne se fait que très peu le miroir de leur propre culture.

De la quête du dragon à la fantasy finale

Pour la plupart d’entre nous, lorsqu’on prononce le mot « fantasy » suivi de « Japon », c'est « Final Fantasy » qui vient spontanément. Ce jeu est souvent cité comme le tout premier vrai RPG (Rôle Playing Game) du jeu vidéo, et nous présente un très curieux mélange de mythes et légendes européens où Asgard est une centrale énergétique, où un "berserker" ours grizzly côtoie la chimère de la mythologie grecque, le griffon et un incube en forme de blob, le tout au service d'une histoire originale où la culture japonaise n'est pas vraiment présente en dehors du design de ces personnages aux cheveux en piques et aux yeux immenses.

Une chose que l'on sait moins, c'est que la sortie du premier Final Fantasy, en 1987 et uniquement au Japon (l'épisode VI étant le premier à venir en France), est précédée d’un an par celle de Dragon Quest, qui fait partie, avec Ultima 1 en 1980 et Wizardry en 1981, des jeux vidéos fondateurs du RPG. Tous trois sont très proches de l’univers de Donjons et dragons, dont on peut supposer qu’il fut leur principale source d’inspiration. La découverte du bestiaire japonais y est donc très limitée, on y retrouve les traditionnels dragons européens bien sur, mais aussi des "blobs" (devenus l'emblème de Dragon Quest) et toute une variété de créatures issues de notre propre culture !

Final Fantasy, devenu le maître du RPG et qui approche désormais son XVe opus, fut créé par un studio, "Square", alors menacé de fermeture, et permit sa sauvegarde puis sa pérennité… le studio avoue lui-même s’être inspiré de Dragon Quest, produit par son rival Enix (à l’époque où ils n’avaient pas encore fusionné). Ci-dessous, une vidéo de présentation du XIVe opus.

Si c’est par la série des Final Fantasy que le RPG japonais est le plus connu chez nous, c’est surtout grâce au succès des VIème et VIIème opus, qui ont marqué toute une génération de joueurs alors que le premier Dragon Quest traduit en français n’est sorti qu’en… 2008 ! Depuis, le jeu fantasy-RPG est resté une spécialité typiquement japonaise, citons la série des Breath of Fire qui met en scène un personnage en partie dragon dont le but est de se dépasser et d'acquérir suffisamment de puissance pour terrasser un terrible ennemi, lui aussi un dragon... et le célèbre Dragon Force, tous deux classiques des ces univers et avec un riche bestiaire... toujours européen !

Il faut attendre Okami pour voir un jeu RPG se démarquer par sa grande originalité tout en se révélant un véritable hommage aux légendes et à l’art du Japon... si je vous dit qu'il s'agit du premier jeu où l'on incarne une divinité japonaise en forme de loup, dont le but est de repeindre le monde au pinceau pour en chasser les démons ..?


Jusqu'aux aventures animées…

On ne peut évoquer l'imaginaire japonais sans parler des chroniques de la guerre de Lodoss, à l’origine un roman purement fantasy dont le premier tome fut publié en 1988. L’adaptation animée suivit en 1990 et 1991 (Un OAV, c'est-à-dire une production destinée au marché de la vidéo), elle est pour beaucoup dans le succès de la série. Si l’animation y est plus que minimaliste, la qualité des dessins et des décors permet d’oublier facilement ce défaut. On y retrouve la lutte du bien contre le mal, des elfes, des nains, de la magie et des dragons… d’inspiration donjontesque bien évidemment, le tout dosé avec une précision alchimique et un grand souci du détail. Voici l'introduction du premier épisode

 

Lodoss fait partie des tout premiers OAV sortis en France, à la fin des années 1990, à une époque ou l’animation japonaise était encore très confidentielle. Le groupe Clamp se fait connaître par la même voie, avec ses œuvres issues d'un mélange entre l'imaginaire européen et hindou (RG Veda, etc...)

La fantasy japonaise ne se limite pas aux univers manichéens remplis de quêtes et de hauts faits, car Lina Inverse, l’héroïne (si on peut dire) de Slayers, est une haute pratiquante de magie noire avec un sale caractère, orgueilleuse, cupide, et obsédée par son tour de poitrine. La sortie de l’OAV en France, à la fin des années 1990 également, a beaucoup contribué à faire connaître cet univers déjanté, la principale activité de Lina et son groupe étant de… détruire le monde. Qu’on se rassure, ils ne font pas exprès !

Slayers

L'univers est une fois de plus très classique : Dragons, elfes, nains... Slayers fait partie, avec les Chroniques de la guerre de Lodoss et les productions de Clamp, des œuvres ambassadrices de l'imaginaire japonais en France.

Le mouvement s’est accentué avec la diffusion de la série Vision d’Escaflowne sur Canal +, à la même époque. Cette série poétique, au scénario fouillé et prenant, conte la romance d’une jeune fille médium avec un jeune homme aux ailes d'ange venu d'un autre monde, sur fond de symbolisme des tarots. L’originalité réside aussi dans la présence de robots géants dans un univers médiéval fantastique.

Vision d'Escaflowne

A l’époque de la diffusion d’Escaflowne, l’animation japonaise était quasiment bannie des ondes, sa renaissance se résumait aux Pokémon et à leurs ersatz. Cette série a elle aussi beaucoup marqué le public français. Deux autres adaptations animées ont fait parler d'elles en France : Scrapped princess, qui se démarque par son humour omniprésent (sur le thème bien connu de la la princesse enlevée), et Les 12 royaumes, publié par Kaze dans un magnifique boitier, une histoire inspirée par la Chine médiévale et servie par des dessins soignés.

Les long-métrages d’animation sont très peu connus hors de leurs frontières, seuls quelques grands studios (Ghibli notamment) offrent une sortie internationale à leurs blockbusters. Ghibli est le principal producteur de films d’inspiration fantasy, dont Princesse Mononoke qui, si il n'a pas eu énormément de succès auprès des parents, a séduit plus d'un jeune, et bien sûr Le voyage de Chihiro qui a largement contribué à la reconnaissance du studio dans ce pays, tout en s'appuyant sur le légendaire japonais. Vu avec un mélange d'enchantement et d'étonnement pour cet univers rempli de kamis et de dragons filiformes, Le voyage de Chihiro a hissé le studio Ghibli au statut d'unique rival sérieux des studios Disney. Toutefois, leur adaptation des chroniques de Terremer par Goro Miyazaki, le fils du fondateur Hayao, a été décriée par les critiques et se situe largement en deçà de ce dont est capable Hayao, auteur du monumental Château ambulant, et bientôt des Borrowers....

Pour les derniers sceptiques qui douteraient du fait que le Japon est l'autre pays du petit peuple, rappelons que l'unique musée des fées est né là-bas...

Tsaag Valren, avec la participation d'Aquilegia Nox, de Léo Sigrann,  de Fantôme-Fumée (Association de fanzinat Niddheg http://www.niddheg.com/), des fanzineuses de Darjeeling, et de Fabrice Chotin. Je ne suis pas propriétaire des illustrations de l'article, lesquelles appartiennent aux ayant-droits des différentes œuvres présentées.

 
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