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D'où vient la fantasy ? PDF Imprimer Envoyer
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Imaginaire autour du monde
Écrit par Tsaag Valren   
Vendredi, 19 Mars 2010 06:55

 

Nous allons tenter de répondre à une question que tout lecteur s'est forcément posé un jour : Où et quand est née la fantasy ? Dans les mythologies, les épopées, le conte, le cycle Arthurien, le merveilleux chrétien, les bestiaires... ou ailleurs, plus tard ? Réponse tout de suite, avec une certitude : elle n'est ni aussi ancienne que l'Iliade et l'Odyssée, ni une création de Tolkien, et voilà pourquoi :

Définitions de la fantasy

Il paraît nécessaire de rappeler la définition courante de la fantasy, tant celle-ci demeure floue dans les pays francophones. Le Journal Officiel du 23 décembre 2007 en donne une qui, à défaut d'être complète, n'est pas trop mauvaise : il définit le nom féminin « fantasie » comme un  :
 
« genre littéraire situé à la croisée du merveilleux et du fantastique, qui prend ses sources dans l’histoire, les mythes, les contes et la science-fiction ».
 
Ils oublient toutefois trois aspects importants.
  • Le premier, c'est que la culture populaire n'a pas attendu qu'ils inventent un mot français qui prête à sourire, et que le nom anglais de "fantasy" est entré dans les mœurs depuis des décennies.
  • Le second est une précision de ce qui caractérise essentiellement le fantastique par rapport à la fantasy. Le fantastique, c'est l'irruption du surnaturel dans le monde réel, tandis qu'en fantasy les éléments surnaturels (que ce soit le monde, la magie ou les créatures) font partie intégrante de l'univers dans lequel on évolue.
  • Le troisième est évident mais on va beaucoup en reparler. La fantasy est créée par ses auteurs comme un "récit de fiction destiné à divertir le lecteur". En d'autres termes, les auteurs ne présentent (généralement) pas leur récit comme une histoire réelle, mais comme une histoire fictive qu'ils ont inventé en s'appuyant sur diverses sources historiques ou légendaires, avec tout ce que cela suppose. 
Pour finir, n'en déplaise aux amoureux du cinéma, des illustrations et des jeux de rôle, la fantasy est bien un genre littéraire à l'origine, même si le terme s'est largement étendu depuis sa naissance.
 

Inventée dès l'Antiquité ?

Plusieurs versions sur l'origine de la fantasy circulent, et un certain nombre de personnes pensent qu'elle a été inventée dans les grandes épopées antiques, telles que celle de Gilgamesh en Mésopotamie, le Mahâbhârata en Inde, ou encore l'Iliade et l'Odyssée en Grèce antique. C'est oublier la notion de "fiction à but divertissant". Les Dieux, les monstres et les héros rattachés aux croyances de chaque lieux et époque des récits antiques étaient supposés bien réels, peut-être (très probablement même) issus de la mémoire orale, mais en aucun cas inventés par leurs auteurs et compilateurs respectifs pour divertir les lecteurs !
 
Ulysse

 
Qu'on éloigne aussi la Bible, le Coran, le Tanakh et les hagiographies (comme la Légende dorée), ainsi que tout récit d'origine religieuse, ils n'ont jamais eu d'autre but que de présenter un certain nombre de règles de vie et de moralités (qu'elles soient dictées par Dieu, les prophètes, ou pas est une autre histoire). Par contre, il est évident que ces récits ont inspiré un grand nombre d'auteurs de fantasy, ce qui n'est pas difficile puisqu'on y retrouve des thèmes vieux comme l'humanité : la quête du héros, le dépassement de soi, les voyages entrecoupés de rencontres étonnantes, les créatures fantastiques, la rencontre avec un vieux sage magicien ou devin, la magie, etc...

Au Moyen Âge ?

D'autres personnes font remonter la création de la fantasy aux nombreuses œuvres contenant du merveilleux, rédigées pendant le Moyen Âge occidental, dont la fameuse matière de Bretagne et son cycle arthurien, source d'inspiration de tant d'auteurs de fantasy aujourd'hui.

 

Yvain et le dragon

Là encore, il faut nuancer car tous ces récits sont issus d'une mémoire collective. Le roi Arthur est, comme le disent peu élégamment mais fort justement les historiens, "un souvenir de la mémoire populaire préchrétienne, peut-être celui d'un roi-ours". Quoi qu'il en soit, si les auteurs chrétiens ont très probablement déformé et réadapté son histoire au point que savoir "qui" était le roi Arthur à l'origine est devenu presque impossible, s'ils ont  créé des récits "merveilleux" en mêlant chevalerie médiévale, dragons et magie, prétendre que tous ces récits ont été inventés pour distraire des lecteurs serait une grave insulte !

Le fait que des auteurs de fantasy d'aujourd'hui aient créé un genre nommé "fantasy arthurienne" ne suffit pas à faire des premiers compilateurs de la matière de Bretagne des auteurs de fantasy. On parlait du roi Arthur et de son retour dans les campagnes bien avant qu'ils ne consignent sa légende par écrit, et bien après que les contrées celtes soient devenues chrétiennes.

Les épopées telle que celle de Beowulf, puis les sagas nordiques et scandinaves sont également parfois qualifiées de "fantasy". En ce qui concerne Beowulf, Siegfried et bien d'autres héros venus du froid, ils sont issus d'une longue tradition orale à une époque où l'on aurait peu osé remettre en doute leur existence. Tout comme le roi Arthur.

Renaissance ?

Quid des contes, qui sont le plus souvent présentés comme des récits totalement fictifs ? A l'époque des Mille et Une nuits, la notion de fiction écrite par son auteur pour divertir n'existait pas vraiment, et comme les épopées héroïques, les contes se racontaient à l'oral dans les campagne longtemps avant d'être figés à l'écrit. L'une des meilleures définitions du conte est celle que j'emprunterai ici à Pierre Dubois : "Reflet de nos peurs, de nos angoisses, qui permettait de se rassurer, par exemple pendant l'hiver". La Belle au bois Dormant, même avec un chevalier, une sorcière et un dragon, n'est pas une "fiction à but divertissant" mais une histoire symbolique du printemps impétueux qui met fin au sommeil de la bien-nommée Aurore. De plus, les contes plus anciens sont une fois encore issus de l'oralité, et de ces récits de campagne que des "compilateurs" ont collecté, ou du moins, dont lis se sont étroitement inspirés.

Par contre, un changement majeur voit le jour avec la vogue du conte à partir de la Renaissance, et surtout dans ses réécritures littéraires, parfois précieuses. En particulier en France du XVIIe siècle au début du XIXe, des œuvres comme celles de la Comtesse de Ségur peuvent être considérées comme l'origine d'un mouvement qui, à terme, va aboutir à la fantasy contemporaine. En effet, un certain nombre d'auteurs on prit de grandes libertés avec les récits des campagnes pour en faire des fictions à but divertissant, qu'ils se racontaient en petit comité pour s'occuper, et certains contes sont présentés comme des créations originales, qui reprennent certes des archétypes plus anciens : fée marraine, prince charmant, dragon, etc... La seule frontière qui demeure entre les réécritures de contes et la fantasy est à chercher dans la forme et non dans le fond : Le conte est un genre littéraire bien défini et codifié qui présente une morale, quand la fantasy appartient au roman, à la suite romanesque et à la nouvelle. Le temps passant, tandis que le XVII° et le XVIII° voient disparaître de plus en plus les légendes campagnardes et le petit peuple au profit d'un matérialisme grandissant, les entreprises de sauvegarde et de collecte des contes et légendes  populaires se multiplient, d'abord avec Le cabinet des fées à la fin du XVIIIe siècle, puis avec les collectes régionales des folkloristes aux XIXe et XXe siècles (Paul Sébillot étant précurseur d'autres grands folkloristes comme Claude Seignolle). Ces mouvements peuvent également être considérés comme un symptôme annonçant la naissance et le succès de la fantasy, et cette dernière comme une forme de résistance à une société de plus en plus démystificatrice.

Les auteurs et artistes de fantasy se sont, quoi qu'il en soit, largement inspirés de la mythologie, du cycle arthurien, des contes et d'autres sources anciennes, et on peut aisément voir dans tous ces genres leurs précurseurs.

Naissance de la fantasyThe princess and the goblin

L'inventeur de la fantasy n'est pas américain. Ni même anglais. Il est généralement admit qu'il s'agit d'un écossais du nom de Georges Mac Donald. Avec Phantastes en 1858 et The Princess and the Goblin en 1872, il créé pour la première fois des récits à but divertissant qui se déroulent dans un monde (plus ou moins) imaginaire.

William Morris écrit le très similaire The Wood Beyond the World en 1894, qui influencera plus tard Tolkien. Dans le même temps, la musique classique s'empare du thème et sert elle-même à son tour d'inspirations aux auteurs de fantasy, la tétralogie de Wagner nommée L'Anneau du Nibelung, en 1869, figure parmi les sources incontournables de la fantasy et comme l'une des œuvres les plus emblématiques pour les amoureux du genre, avec celle de Tolkien, qui en est d'ailleurs inspirée.

Au début du XXe siècle, la fantasy commence à se diffuser avec La fille du roi des Elfes (The King of Elfland's Daughter) de lord Dunsany en 1924, et les nouvelles du cycle de Conan le Barbare de Howard, que l'on considère sans mal comme le fondateur de l'Heroic fantasy. L'une des explications du succès de la fantasy aux Etats-Unis se trouve dans le fait qu'il s'agit d'un pays "sans passé" où les colons installés ont perdu au fil des générations le contact avec les mythologies, le conte et le folklore de leurs pays d'origine. La diffusion de la fantasy à partir des Etats-Unis répond à un besoin de retrouver de l'héroïsme et du merveilleux dans ce pays, et comme nous l'avons dit plus haut, il n'y a pas de société sans la quête du héros, sans le dépassement de soi, sans les voyages entrecoupés de rencontres étonnantes, sans les créatures fantastiques, sans la rencontre avec un vieux sage, magicien ou devin, ni sans la magie...

Il faut attendre les années cinquante que ce genre devenu populaire, mais qui manquait encore de reconnaissance (la fantasy était principalement publiée dans des magazines comme Weird tales, considérés comme de la sous-littérature) et de codes, connaisse un grand succès critique et public avec Le Seigneur des Anneaux, de Tolkien bien sûr. Il devient l'archétype et la référence du roman de fantasy en contribuant largement à la définir, mais voir en Tolkien l'inventeur du genre serait une erreur. Tolkien est certes un monument, mais ce qu'il a bâti  s'appuyait déjà sur des fondations bien solides, comme nous n'avons vu. L'œuvre de Tolkien a définit des personnages, des créatures et des situations archétypales devenues les références et les codes de la fantasy dans les années qui suivirent :
  • Dragons gigantesques, surpuissants et gardiens de trésors
  • Elfes beaux, sveltes, mélancoliques et immortels vivant dans les bois
  • Nains forgerons et mineurs vivant sous terre
  • Vieux magiciens détenteurs de secrets et vivant au sommet de tours
  • Orcs et gobelins laids, au service du mal
La suite, tout aussi passionnante, c'est la diffusion de la fantasy au monde entier et la naissance de la fantasy française, mais il s'agit d'une autre histoire...

Tsaag Valren

 
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