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Psychanalyse : Le cas Jack Spark PDF Imprimer Envoyer
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Psychanalyse d'un roman
Écrit par Tsaag Valren   
Mardi, 28 Septembre 2010 16:10
Jack Spark 2

 

C'est avec un cas fort intéressant que nous relançons la saga des psychanalyses de romans. Ou plutôt, avec Le cas. Si vous connaissez un peu les littératures de l'imaginaire, vous aurez remarqué cette saga pour adolescents présentée comme "le nouveau Twilight" ou "un Harry Potter à la française". Les prix littéraires sont tombés, les critiques enthousiastes, mais il me semblerait que ces romans ne puissent pas  "séduire" les adolescents si facilement... Réponse au fil du déroulement de l'intrigue, que je vais devoir spoiler (aussi vous déconseillerai-je de lire la suite si vous désirez conserver un effet de surprise).

Trouver les chiffres de vente d'un roman relève souvent de l'impossible, bien que j'aie demandé à mes compères libraires si cette saga tant encensée connait une diffusion à la mesure des critiques qu'elle suscite. Je dois avouer ne pas avoir de "preuve" plus solide que l'absence du livre dans les grands réseaux de distribution. Il semblerait que Le cas ne se vende pas si bien que celà.

Pourtant, à entendre ce chroniqueur littéraire et son invité, Victor Dixen, auteur du Cas, le tout regorge de qualité. Ni moi ni ma chronique ne saurions les contredire : c'est extrêmement bien écrit, calculé, mesuré, prenant, original, avec du suspense...

Pour relire la chronique du Cas Jack Spark, tome 1, c'est par ici

Mais fatalement, le couperet tombe : ça ne marche pas si bien. Marketing mal placé ? Simple malchance ? Non pas. Si un roman mal écrit peut connaître le succès parce qu'il trouve un écho dans notre inconscient (voir psychanalyses 1, 2 et 3), l'inverse doit être vrai : Le cas ne se vend pas à cause de son intrigue, et de la transformation du protagoniste de la saga.

On s'attendrait fortement à ce qu'il devienne vampire ou loup-garou, et le voilà changé en... fée ! On nous le présente comme un roman d'horreur, et Jack se change en fée ? Il y a os sous le canapé ! Dans Le cas Jack Spark, les fées sont les créatures les plus atroces, perfides, ignobles et sadiques que l'on puisse imaginer, leur plan secret est d'ailleurs de changer tous les humains en esclaves lobotomisés.

Non, les fées ne sont pas toutes Carabosse !

J'ai mené une petite enquête sur ces romans, et vu ou entendu quelques jeunes lecteurs disant combien ils ont été déçus de l'image des fées qui y est véhiculée. C'est que Victor Dixen ne ménage ni le petit peuple, ni les belles dames : tous en prennent pour leur grade ! Les "lutins" sont d'un sadisme sans bornes, l'ogre tient ces derniers par de sombres promesses, et même les douces Morgane et Viviane ne sont que des traitresses à la cause des fées : conquérir le monde !

On dit que tout roman contient une part de son auteur, et j'ai été frappée au fil des pages par la... haine est peut-être un mot trop fort, mettons par l'inimitié de l'auteur envers le petit peuple. Outre le fait qu'aucun petit pillywiggin ne trouve grâce à ses yeux, celui-ci n'hésite pas à faire de grosses entorses historiques pour étayer sa théorie. Oui, c'est du roman, et oui, on y est libre de dire ce que l'on veut. Mais lire que l'Église a tenté par tous les moyens de protéger l'espèce humaine en luttant contre le paganisme et en faisant disparaître les traditions liées au petit peuple a provoqué chez moi une réaction de violent rejet. Atteinte à mes croyances ? Pas vraiment. Parce qu'il existe pléiade de sources historiques fiables pour démontrer l'inverse ? Pas seulement. Simplement, dirai-je, parce que je sais que ce n'est pas vrai.

Cette idée va à l'encontre de ce que l'on observe à l'époque actuelle, le regain d'intérêt pour les légendes, la fantasy et le paganisme (pas toujours intelligemment pratiqué, il est vrai...). Je ne dis pas qu'il faut écrire dans "le genre qui marche", juste de ne pas s'étonner auquel cas que les romans ne deviennent point de nouveaux Twilight/Harry Potter. Oui, les loup-garous sont forcément bestiaux et cruels, oui, les vampires boivent toujours du sang, ce qui les rend d'autant plus touchants lorsqu'ils font commerce charnel avec une mortelle. Et non, les fées ne sont pas toutes Carabosse. Dans ce cas là, ce ne sont plus des fées.

Quant au jeune lecteur... Victor Dixen fait référence aux préoccupations des adolescents plus d'une fois au cours de ses interview. Il les connait bien, et sait quelle angoisse provoque le sentiment d'être différent et de voir son corps changer... pourtant, il me semble difficilement imaginable qu'il ait pu oublier l'image de la fée chez les adolescents à notre époque. Elle est la femme parfaite, devineresse, bonne marraine, enchanteresse, celle que l'on suit de l'autre côté du miroir, celle que l'on rêve de séduire, celle dans les bras de laquelle on atteint le Paradis. On ne peut casser une image symbolique aussi forte que celle de la fée, même en étant excellent écrivain, et devenir auteur de best-seller à mon humble avis... car la plupart des gens savent que la fée est féminine et désirable, tout autant que le rond symbolise la totalité ou le triangle le danger. Ce ne sont pas Carl Jung ou Gilbert Durand qui vont me contredire, puisque cette idée vient d'eux.

Avec Harry Potter, on veut entrer dans l'école des sorciers. AvecTwilight, se jeter dans les bras d'un séduisant vampire en lutte contre ses pulsions, avec Eragon, se protéger sous l'aile d'un reptile gigantesque, avec Idhun, se changer en licorne. Quel désir profond peut éveiller la lecture du cas Jack Spark ? A priori, aucun... si ce n'est une violente envie de défendre les belles dames, qui fascinent l'humanité depuis la plus haute antiquité. C'est peut-être une généralité, mais la meilleure preuve que je puis apporter réside dans le fait que les autorités religieuses ont tenté de changer les fées en mâkralles et en martes, puis en saintes vierges, sans jamais y parvenir, car à toutes les époques les fées ont fasciné l'humanité.

Victor Dixen fait un bon calcul, écriture admirablement travaillée, suspense, intrigue, personnages...  unique chose à laquelle il n'a pas pensé : s'attaquer aux fées et au petit peuple, c'est contrarier la majorité des lecteurs de fantasy et de fantastique sur une symbolique plusieurs fois millénaire. D'où le fait que les romans ne se vendent pas.

 
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