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La mort et ses légendes en Ardennes - Christophe Méchin PDF Imprimer Envoyer
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Ardennes
Écrit par Tsaag Valren   
Lundi, 27 Septembre 2010 00:00

 

La mort

 

Après la bibliothèque du légendaire ardennais, il semble naturel de parler des ouvrages qu'elle contient. Et justement, l'éditeur Oriande s'est fait une spécialité de mettre à l'honneur les auteurs qui, comme Christophe Méchin, se sont spécialisés dans ce légendaire foisonnant. Nous commencerons par la fin, avec un ouvrage qui ne s'adresse pas qu'aux ardennais comme on pourrait le croire, mais aussi à tous ceux que la grande faucheuse fascine... parce qu'il s'agit probablement d'un des êtres les plus craints de tous les temps.

Préface de Christophe Méchin

La Camarde, la Faucheuse, la Dame en noir…quel que soit le nom qu’on lui ait donné, la Mort a exercé dans les Ardennes comme ailleurs, une fascination certaine. Toutefois, si la plupart des croyances ardennaises liées à la mort se retrouvent dans d’autres régions de France, il existe quand même suffisamment de particularités pour justifier le livre que vous tenez actuellement entre les mains. Je vous invite donc à un voyage dans les ténèbres, un voyage dans l’Au-Delà ardennais. Vous y découvrirez comment nos anciens voyaient ce passage dans l’Inconnu, avant que les pompes funèbres ne prennent en main de façon systématique et, hélas, ô combien uniforme, les funérailles.


Le but n’est pas de mener une étude ethnologique, mais très peu d’Ardennais admettent que la mort soit un aboutissement définitif. Nos lointains ancêtres celtes croyaient en la métempsycose : la réincarnation de l’âme dans un autre corps, une plante ou un animal. Puis le christianisme est venu, envoyant l’âme au Paradis ou en Enfer selon les actes commis pendant la vie terrestre.


Cependant, le fait essentiel demeure qu’un individu qui faisait partie du monde des vivants le quitte pour aller rejoindre un autre monde : celui
des morts. Ce départ donne lieu à des rites de passage que l’on pourrait diviser en trois catégories : les rites de séparation, les rites de
marginalisation et les rites d’agrégation. Par l’extrême onction et les funérailles, la séparation entre le défunt et le monde des vivants est officialisée. Le corps est ensuite enterré au cimetière avec les autres morts et loin des vivants. Plusieurs actes mettent en relief une peur constante des revenants et mille précautions seront prises pour que le trépassé ne revienne pas après son inhumation, c’est la marginalisation. Puis les relations et la famille du défunt se retrouvent chez lui pour y manger ensembles afin de se solidariser, de reformer le groupe en compensant l’absence du défunt qui vient de le quitter, c’est l’agrégation. Cet aspect fera l’objet de la première partie de mon livre dans laquelle je décrirai l’Ardennais face à la Mort en reprenant le découpage du folkloriste Van Gennep : les présages, l’agonie et le trépas, la veillée mortuaire, la toilette du mort et la mise en bière, le convoi funéraire, les
funérailles, le retour à la maison et le repas funéraire et enfin, l’entretien du souvenir du défunt.


Toutefois, ne se résolvant pas au caractère définitif de la chose, l’Ardennais va également décliner les grandes religions et les grandes mythologies pour donner des réponses à ses questions à propos de l’Au-Delà. Ainsi, la sagesse populaire renforcée par les restes de croyances celtiques saupoudrées de quelques influences germaniques ont depuis longtemps refusé ou arrangé le système anciennement manichéen de l'église catholique : paradis ou enfer après la mort physique. L’âme ardennaise a donc souvent été bloquée sur Terre en attente de quelque chose ou pour effectuer une pénitence suite à une mauvaise action qui ne méritait pas la damnation éternelle. Il en résulte une multitude d’histoires de fantômes ou de revenants dont je vous livrerai, dans la deuxième partie, les plus représentatives des origines jusqu’à nos jours.

Avis

La préface ayant répondu à vos interrogations sur l'intérêt d'un tel ouvrage, nous voilà dans le vif du sujet. Christophe Méchin est loin d'être un débutant en folklore ardennais, et c'est un fait bien connu que de les auteurs écrivant sur une région souffrent assez vite d'une faible diffusion ou d'un catalogage rapide comme "régionalistes". A l'exception des seuls De Borée et Ouest France, pour ce que je connais, les ouvrages à thème régional sont très rarement édités par des maisons d'édition d'envergure nationale. Méfiance ? Peur de ne pas vendre ? Ou un mélange des deux ? Ce fait est dommage car il suffit d'ouvrir les yeux pour voir à quel point chaque région possède une histoire et des secrets propres qui n'attendent que d'être révélés. Ou pas. 

Dans cet essai, Christophe Méchin aborde le thème de la mort en Ardenne de façon exhaustive (ou peu s'en faut), le tout servi par une érudition des plus appréciables, ponctuée d'anecdotes propres à ravir les curieux : saviez-vous que l'on donnait au mort un petit pot de terre contenant
un sou « pou passé l’aï ve » (soit pour passer sur l’autre rive ?) ou encore que durant tout le haut Moyen-âge, on coupait la tête des morts avant de la placer entre leurs pieds, afin que s’ils reviennent en revenants, ils soient incapables de quitter leur cercueil ? La première partie du livre comporte des relevés de faits de ce type, ainsi que bon nombre de théorie pour expliquer leur origine à travers le peuplement celte puis la christianisation de la région. Ces faits s'appuient sur des références en la matière, notamment Claude Lecouteux. Un petit bémol cependant : je n'ai personnellement pas beaucoup accroché au style très encyclopédique de l'écriture.

La seconde partie, composée de contes et légendes sur le thème de celle qu'il ne faut ni nommer, ni appeler, m'a par contre ravie : on y retrouve aussi bien des contes classiques que des légendes très locales et bien sur, des histoires de fantômes, le tout sous la plume de différents auteurs, avec des fins propres à faire angoisser les enfants et des morales à tirer soi-même. 

L'ouvrage est illustré de dessins originaux, initiative louable bien que j'eusse apprécié de voir un peu plus les lieux dont il est question au fil des pages. Ces dessins (crayonnés) m'ont peu convaincue, peut-être est-ce l'habitude de chroniquer les ouvrages à forte diffusion... Sur l'ensemble, a typographie n'est pas toujours impeccable, notamment sur l'introduction des dialogues (tiret au lieu de semi-quadratin), mais il s'agit là d'un fait partagé par bon nombre de "petites" maisons d'édition, et Oriande a largement amélioré ce fait au fil des années. N'oublions pas que cette publication date de quelques années. Ce qui risque de la rendre difficile à trouver, par ailleurs...

Un petit ouvrage original  et érudit, à parcourir pour frémir ou s'instruire.

La mort et ses légendes en Ardennes

Christophe Méchin

Oriande éditions

 

 

 

 
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