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Compte-rendu des septièmes rencontres de l'imaginaire à Comper PDF Imprimer Envoyer
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Bretagne
Écrit par Tsag Valren   
Mardi, 26 Juillet 2011 23:15

 

Affiche des 7èmes rencontres de l'ImaginaireProgramme détaillé 7e rencontres de l'imaginaire

 Il parait, je l'ai entendu plus d'une fois dire, qu'en allant dans la forêt de Brocéliande, chacun y trouve ce qu'il y cherche vraiment. Par exemple, l'unique festival (et j'en ai bien vu une vingtaine de festivaux, des estivaux pluvieux, des hivernaux infernaux emplis d'écrivants entaulés dans des starting-gates à dédicaces, soit le salon du livre de Paris, pour ne pas le citer), Comper reste l'un des rares, sinon le seul, où l'illustre inconnu côtoie le célèbre anonyme en toute simplicité : pas de tables V.I.P., pas de barrières, et ça fait bien plaisir ! Même si, corollaire, une demi-douzaine de chasseurs dédicachieurs ont littéralement assiégé René Hausman, l'un des invités d'honneur, ce week-end dernier !

 Le second invité d'honneur est l'elficologue Pierre Dubois, qui nous a gratifié de racontages lutinesques le dimanche, accompagné de sa fille Charlotte, alias Graziella fanfan, dont le Fée Divers a clôturé ces riches rencontres. 

Un week-end aussi dense en évènements ne permet évidemment pas de voir toutes les animations. Ouvert la moitié de l'année, durant la saison claire comme de bien sûr, le Centre Arthurien met en avant une thématique chaque fois différente. En 2010, il s'agissait du lai de Lanval écrit par Marie de France, ce qui a permit une collaboration pour réaliser un film. Projeté le samedi à onze heures, je ne l'aurais pas donc vu, mais les premières minutes sont toujours visibles ici.

 
Cette année, deux fées, Morgane et Mélusine, révèlent quelques-uns de leurs secrets sur les murs du château : on y apprend quelles affinités toutes deux partagent avec les forces surnaturelles, mais aussi de petites choses sur la symbolique du serpent, de l'eau, etc. Une partie des murs est réservée à une rétrospective de la carrière de René Hausman, "le peintre des plus étranges visions", celui avec qui Pierre Dubois a été publié en album BD grâce à Laïyna, la fille sauvage. René a commencé par des illustrations d'animaux dans les années 60, et a notamment réalisé un abondant travail sur les fables de La Fontaine avant de se tourner vers la féerie. En 2008, il a ouvert sa propre maison d'édition, Luzabelle. Je ne re-présenterai pas Pierre Dubois, dont la biographie figure déjà sur ce site. Notre elficologue travaille actuellement sur une réédition des Chroniques du Nord sauvage, son tout premier livre édité en 1977, cette fois aux éditions de l'Échappée.

 

René Hausman (à gauche) et Pierre Dubois (à droite)

 

René Hausman (à droite) et Pierre Dubois (à gauche). Comme un air de ressemblance, pas vrai ? Et tous deux sont de grands amis du petit peuple, chacun d'un coté de la frontière entre la France et la Belgique ! (Photo empruntée à Charlotte Dubois, avec son aimable autorisation)

 L'expo De Morgane à Mélusine ainsi que la rétrospective de René Hausman demeurent visibles jusqu'à la fin du mois d'aout. Une page Facebook y est consacrée ici. Mélusine

Les dédicaces ont commencé le samedi à quinze heures, la table d'honneur, avec Pierre et René, étant partagée par Hervé Gourdet, créateur du Printemps des Légendes dont j'ai déjà parlé, et Séverine Pineaux, qui n'est venue que le dimanche mais dont la sympathie m'a épatée. Pierre, René et Hervé ont animé la table ronde du dimanche à 16 heures, avec Claudine Glot, sur le thème des lutins, petits êtres rencontrés tant dans la Wallonie de René Hausman que dans les Ardennes françaises d'Hervé Gourdet, et dont Pierre Dubois a collecté les histoires durant des décennies. Une rencontre passionnante, bien qu'Hervé Gourdet, impressionné sans doutes de se retrouver à la même table que trois personnes si connues, se soit montré assez discret (Claudine Glot a bien tenté de le rassurer, mais !). On apprend que Pierre, durant ses voyages en Irlande, laissait quelques feuilles de tabac près d'un tronc d'arbre comme offrande pour les lutins, et disait à ses filles que les petits êtres déposeraient des cadeaux à leur intention en retour. Seulement, c'est Pierre lui-même qui, discrètement, venait poser là quelques objets. Jusqu'au jour où ses filles, passant dans le coin, dirent à leur père "allons voir ce que les lutins ont déposé !" avant qu'il n'ait pu leur jouer son tour habituel. Près du tronc d'arbre, il n'y avait rien, comme d'évidemment, mais les filles, loin de se décourager, en concluent que le cadeau des lutins doit se trouver plus loin. Elles farfouillent dans une vieille souche d'arbre et en extirpent... une demi-bouteille de whisky, qu'un malandrin de passage avait peut-être oubliée là !

René Hausman a, pour sa part, conté quelques vieilles histoires de religieuses wallonnes qui croyaient tant à l'enfant Jésus qu'aux lutins, ce à quoi Pierre, toujours prompt à rappeler que religieux et politiques ont combattu le petit peuple, répond que l'arbre de vie des anciennes religions est devenu la croix du christianisme, et que les hussards noirs de la république, comprenez-là les instituteurs du début du siècle dernier, les organisateurs de la séparation de l'Église et de l'État, sont les pires ennemis des lutins et des fées qui furent jamais. Ils ont, en effet, ridiculisé les contes populaires, le folklore, et combattu les parlers régionaux. Il a également tenu à rappeler comme le petit peuple est apolitique, ce qui ne semble pas être évident pour chaque auteur écrivant sur les fées ces derniers temps.

L'avantage d'un site comme le château de Comper, en dehors de pouvoir assister à une table ronde non-loin du lieu où, cinq siècles auparavant,  un chapelain écrivait que la forêt de Brecilien est juste ici, c'est de pouvoir se promener en compagnie de conteurs et d'acteurs près du chêne de Merlin. Là, Dame Enora et Remy Cochen nous ont emportés dans une petite maison bretonne où vivait une dame qui ne séparait pas ses fleurs de ses légumes. Mais je dois avouer, au risque de les fâcher, avoir préféré les histoires de grenouille de la conteuse en vert, dont les bruitages et les poses sont tout simplement irrésistibles ! Charlotte Dubois, alias Graziella Fanfan

La journée du dimanche s'est conclue sur le spectacle de Charlotte Dubois, Graziella Fanfan, que je voyais pour la troisième fois avec le même plaisir, et cette fois en compagnie d'un public qui, je crois, n'a jamais été aussi nombreux ! 

Maxence des oiseaux

Un point noir a toutefois gravement terni ces deux jours. Les rencontres de l'imaginaire se veulent presque retrouvailles annuelles entre amis, mais cette convivialité est menacée par les abus des chasseurs de dédicaces. Venus à une demi-douzaine avec des tentes, des glacières, et des chaises, ils ont littéralement assiégé René Hausman en lui présentant une trentaine de livres à signer, à raison de deux ou trois chaque fois. Pour exemple, je suis venue chercher une dédicace de René sur mon intégrale de Laïyna fraîchement achetée à 17 heures le samedi, il m'a fallu attendre 19h30 pour que ces cuistres, qui avançaient assis sur des glacières et des chaises de jardin en ne se parlant qu'entre eux, me laissent enfin passer ! Et ce n'est pas faute de leur avoir râlé dessus ! 'Fin je n'avais ni mon cimeterre de GN en mousse, ni ma dague vorpale sur moi, ça explique...

Ce genre de comportement pousse les festivals à mettre en place des règles de dédicaces, comme à Trolls et Légendes de Mons : ne laisser dédicacer que les livres achetés sur place ! Et comme ce jour là (à Trolls et Légendes 2011, cqfd), j'étais venue avec un livre de chez moi (un seul !), je l'avais eu dans l'os, obligée d'acheter une BD que je n'avais pas prévue, juste pour approcher l'un de mes auteurs préférés. Plus besoin de réfléchir pour savoir d'où viennent ce genre de règles ! Tous ensembles pour botter le cul des assiégeants !

En quelques mots, un festival d'une convivialité exemplaire, tel que Claudine Glot l'a toujours voulu, et qui laisse à chacun le temps d'approcher son auteur ou illustrateur préféré sur un site de légende. Dommage que des finch'tu de dédicachieurs aient tenté de le gâcher !

PS : Un très bel album photo de ces septièmes rencontres de l'imaginaire figure sur le profil Facebook d'Aurélie Bertoux-Deleurme, à qui j'ai emprunté la photo de Maxence des Oiseaux et de Charlotte Dubois, ainsi que de l'illustration de Mélusine. A voir également : la vidéo de ces mêmes photo.

Le contenu texte de cet article est sous licence libre Creative Commons attribution share-alike (attention, ce n'est pas le cas de tout le site, ni des images, qui ne m'appartiennent pas). Il est donc librement réutilisable, à condition de citer le nom de l'auteur (Amélie Tsaag Valren) et de le replacer sous une licence CC  équivalente.

 
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