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Relans est une petite commune de 250 habitants située dans ce qu'on appelle la Bresse jurassienne. En 1837, l'architecte Frédéric Moreau, accompagné d'Alphonse Rousset, nous dit que « l'histoire entière de Relans ne se compose que de légendes » et le qualifie de « pays-féerie par excellence ». Pour cette première expédition sur les terres jurassiennes, nous partons à la rencontre de dames vertes, de boucs noirs et de chevaux sans tête.
Ce que disaient Moreau et Rousset :
Relans est le pays-féerie par excellence. Assis sur un long tertre qui, d'un côté, encadre la belle vallée de la Seille, ce jardin du Jura, et de l'autre cache ses molles ondulations sous les interminables forêts de la Bresse, ce village voit se déployer à ses pieds la jolie petite ville de Bletterans, et a pour horizon la chaîne de collines que les ruines des châteaux d'Arlay, de l'Etoile, de Pymont, de Montmorot et de L'abbaye de Château-Chalon animeront toujours des plus gracieux souvenirs. L'histoire tout entière de Relans ne se compose que de légendes. Le vieillard qui vous servira de cicerone vous montrera la trace lumineuse d'un char brillant, attelé de quatre chevaux blancs, qui, à certain jour de l'année, fend l'espace, emportant dans les airs un magnifique chasseur accompagné de sa meute aboyant à pleine voix et de ses brillants écuyers sonnant du cor; il vous donnera des conseils pour éviter les embûches de ces agaçantes dames vertes qui folâtrent sur la chaussée de l'étang de la Folie; du cheval sans tête préposé à la garde de l'entrée des bois de Commenailles; du bouc noir tournant sans cesse autour de l'étang de la Gaberie avec une chandelle entre les cornes, et de l'agile et insaisissable poule noire qu'on voit toujours au bord de l'étang de la Basse. II vous fera prêter l'oreille pour entendre, au fond de la Mare-Rouge, le son argentin de deux cloches lancées à toute volée pour annoncer l'heure de minuit de Noël. L'archéologue vous montrera le Grand et le Petit-Montaudru, le Couvent, et vous signalera avec raison ces dénominations comme des indices certains de séjours druidiques. Il vous fera suivre les traces d'une voie antique, pavée avec soin, tendant de Lons-le-Saunier à Verdun par Bletterans et Bellevesvre ; vous signalera des tuileaux à rebords, des fondations d'édifices, des candélabres et d'autres meubles en airain trouvés sur différents points du territoire, et vous affirmera, sur la foi d'anciennes traditions, que Relans repose sur les ruines d'une grande ville. L'historien, avec son inflexible incrédulité, voudra des titres, mais il ne rencontrera dans aucun d'eux le nom de ce village avant le XIVe siècle. Relans dépendait en toute justice de la vicomté de Bletterans. Les sujets étaient libres, mais ils payaient d'assez fortes redevances au seigneur. Le sol, peu fertile, produit du froment, du seigle, de l'orge, peu d'avoine, beaucoup de maïs, des pommes de terre, peu de fruits, du foin et du chanvre. Le produit des céréales est plus que suffisant pour les besoins de la population. On élève dans la commune des bœufs, des vaches, des porcs qu'on engraisse et des volailles. Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Lons-le-Saunier. Leur unique ressource consiste dans l'agriculture et l'éducation du bétail. Les premiers colons qui défrichèrent ce territoire étaient des charbonniers qui y furent attirés, au XVe siècle, par des concessions de terrain que leur offrirent les princes d'Orange. Le mot de la cabale : Hélas, une très longue fouille ne révèle que quelques traces de la dame verte, quelques marques des sabots du cheval sans tête, et plus rien de la chasse sauvage. C'est pourquoi il faut sauver les légendes de Relans ! Le char attelé de quatre chevaux blancs, le chasseur et sa meute forment l'un de ces cortèges qui traverse le ciel en temps d'orage. On les retrouve partout, aussi bien au Québec dans un gigantesque canoë qu'en Allemagne, où Odin les mène sur son cheval à huit jambes, Sleipnir. Le cheval sans tête n'est pas unique : cet animal blanc gardait l'entrée d'un chemin qui pénétrait dans le bois de Commenailles, car c'était toujours en cet endroit qu'on le rencontrait. Le plus souvent, il fondait au galop sur le voyageur, et le jetant sur son dos il allait le déposer au loin, soit dans les champs, soit au milieu des bois. D'autres fois il arrivait sans bruit derrière le passant, et lui posait ses pieds de devant sur les épaules. Le théologien Migne dit que ce cheval ait disparu dans les tourmentes révolutionnaires, mais à la fin du XIXe, des consignes s'échangeaient encore pour l'éviter.
Les Dames Vertes ne se trouvent que dans le Doubs et le Jura, et ne fréquentent que les bois et les jardins. Bouc et poules noirsCes deux créatures ont à voir avec la sorcellerie et le sabbat, le Jura est par ailleurs réputé pour les cérémonies qui se déroulaient dans les forêts de noirs sapins... peut-être s'en sont-elles échappée... |