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La légende oubliée d'Auneau PDF Imprimer Envoyer
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Légendes
Écrit par Tsaag Valren   
Samedi, 02 Mai 2009 22:45

 

Donjon d'Auneau

 

Auneau est une ville d’Eure et Loire, en Normandie, et cette histoire s’y déroule durant le Moyen-âge… Le jeune seigneur Yvain rentrait seul d’une bonne partie de chasse, chevauchant tranquillement car sa monture et lui étaient épuisés. Il portait une tunique de velours vert et des bottes de cuir terminées par des éperons dorés. Il passa non loin d’une fontaine et eut l’idée de s’en approcher pour se désaltérer. Tout à coup, il aperçut une très belle demoiselle assise sur la margelle. Elle chantonnait en peignant ses longs cheveux blonds et se rafraichissait de temps à autre en s’aspergeant de quelques gouttes d’eau de jouvence. Il s’approcha tout doucement : sa peau était blanche comme la neige, ses lèvres rouges vermeil comme des pétales de rose, et ses yeux brillants aussi noirs que les plumes d’un corbeau. Il en tomba follement amoureux et s’avança pour la demander en mariage sur le champ...

Surprise de la présence du cavalier qu’elle n’avait pas entendu venir, elle sursauta et se sentit bouleversée en regardant ce jeune homme aussi charmant qu’inattendu droit dans les yeux. Le chevalier se souvint tout à coup de son poème favori, qu’un célèbre troubadour lui avait appris peu de temps auparavant. Il le murmura sans plus attendre :

 

« Et, je meurs, je meurs d’amourette
Puis-je vous donner un baiser ?
Vous êtes le but de ma quête.
Acceptez-vous de m’épouser ? »


  Émerveillée par autant de courtoisie et d’audace, elle enchaîna :

« Je suis gardienne de l’Aunay,
J’accepte de vous épouser.
Si je sors la nuit en secret
Surtout ne me suivez jamais. »


Ils firent plus longuement connaissance et, finalement, Yvain emmena Aulna dans son château. Ils se marièrent et la cérémonie eut lieu près de la fontaine, dans l’église St Rémi. Aulna visita le manoir et le trouva très beau, mais trop étroit et très sombre. Le jeune couple n’eut plus qu’une idée : agrandir le château et surtout le donjon qui devait devenir le plus haut et le plus solide à plusieurs lieues à la ronde. Aulna portait chance à Yvain car le seigneur devenait chaque jour plus riche et plus puissant, et vivait très heureux.

Un peu plus tard, Yvain fut réveillé par les grincements du pont-levis pendant une nuit de pleine lune. Il vit Aulna se rendre en cachette à la fontaine et la suivit discrètement. Elle longea l’Aunay et se faufila vers l’église, jusqu’à la fontaine. Elle s’assit sur la margelle de pierre, trempa ses pieds dans l’eau, s’enfonça doucement puis enleva ses yeux et les posa sur le côté. Yvain ne put retenir un cri de frayeur.

Démasquée, Aulna se transforma aussitôt en vouivre blanche. Le sort était rompu, l’Aunay bouillonnait d’écume épaisse et tourbillonnante, le clocher de l’église trembla, les portes et les fenêtres claquèrent dans un énorme fracas. Un coup de tonnerre magistral s’abattit sur Auneau et on apprit peu de temps après que le donjon du château s’était écroulé au même moment. Les souterrains sous le donjon étaient désormais hantés par Aulna, redevenue la gardienne de ces lieux inquiétants.

Dans ce cataclysme impressionnant, les yeux de la vouivre avaient disparu. Bouleversé, dépité, désespéré, le chevalier Yvain rentra au château et ne put retenir ses larmes devant le triste spectacle qu'offrait son donjon dévasté. Il ne savait quelle décision prendre et réunit un conseil de sages : des devins, des savants, des magiciens, des sorciers et des druides… Ils cherchèrent longuement, dans les étoiles, dans les cendres d’un brasier, dans le sang d’un animal sacrifié, dans les boules du gui… et après de longues discussions, personne ne trouva. On fit alors venir trois personnes qui connaissaient des secrets : un vieillard, un adulte et un enfant, et on leur promit une récompense.

On leur posa trois questions :

Qu’est-ce qui est le plus léger ?
Qu’est-ce qui est le plus doux ?
Qu’est-ce qui est le plus lourd ?


Sans hésiter, le vieillard répondit :

- La plume, la laine, la pierre.


L’adulte répliqua :

- Le vent, le bruit du feuillage dans le vent tiède du soir, le bois du vieux chêne.


L’enfant murmura :

- Un enfant dans les bras de sa mère,
- Un enfant qui boit le lait de sa mère,
- Un enfant mort dans les bras de sa mère.


Cette réponse interloqua tous les présents qui en restèrent profondément émus. A l’évidence, cet enfant en savait plus que tous les savants réunis. Alors, l’enfant s’adressa au chevalier Yvain :

- « Je connais le secret du donjon. Je peux te le donner mais tu dois me promettre, en échange, de me laisser partir aussitôt que je te l’aurai confié, pour retrouver ma mère qui s’inquiète sans doute de mon absence. »

Le chevalier accepta et l’enfant reprit :

- « Sous le donjon sommeillent deux dragons, l’un est rouge et l’autre blanc. Seule la gardienne des souterrains peut les empêcher de se battre ! Elle a pouvoir sur eux… ! »

Puis il partit en courant. Yvain comprit qu’on ne pourrait pas reconstruire le donjon tant que les dragons seraient là. Pour mieux réfléchir, il se rendit à l’église St Rémi. Il priait en silence, quand tout à coup, une dame blanche aux longs cheveux argentés plana dans le chœur de l’église. Il reconnut le sourire de sa mère, morte il y a bien longtemps, et en resta stupéfait. Elle s’approcha pour lui tendre une épée brillante au pommeau d’or décoré de deux pierres précieuses étincelantes, noires comme du jais. En lui tendant l’épée, elle le guida jusqu’à l’entrée d’un souterrain sombre, étroit, et inquiétant.

En possession de cette épée exceptionnelle, le chevalier comprenait tout à coup quelques secrets de la nature. Courageux et brave, il se sentait la force d’accomplir l’exploit qui se présentait. Il n’hésita donc pas à s’aventurer dans le couloir de terre et arriva bientôt dans une grotte où dormaient deux dragons, l’un rouge comme le sang, l’autre blanc comme la neige. Dérangés dans leur profond sommeil, ils se mirent très en colère et commencèrent à se battre. Yvain s’approcha doucement et une flèche lumineuse éclaira le dragon rouge. Au moment où le dragon blanc lui lançait un jet de flammes mortelles, le chevalier réussit à lui planter l’épée derrière la tête et le dragon rouge s’effondra. Une fumée rougeâtre s’éleva aussitôt. Le dragon blanc était encore plus en colère ! Il crachait du feu autour de lui, les flammes devenaient de plus en plus longues et sa queue agitée frappait puissamment le sol. Ce dragon excité comme un démon faisait trembler le souterrain.

Après quelques instants interminables, la mystérieuse gardienne tendit le bras et un nouveau rayon lumineux éblouit le dragon blanc. Yvain en profita pour lui transpercer le cœur, la bête trembla puis tomba, eut quelques soubresauts et fut terrassée en un instant. Une fumée blanche s’éleva aussitôt, plusieurs rayons lumineux s’entrecroisèrent et, très vite, les deux carcasses des dragons furent réduites en poussière.

Pour remercier la gardienne, Yvain lui offrit son épée et s’en alla chercher la sortie du souterrain, satisfait et fier d’avoir accompli son exploit. Aussitôt, la gardienne reconnut ses yeux fixés au pommeau de l’épée. Elle les reprit et, redevenue vouivre, se dépêcha de retourner à la fontaine. Elle se désaltéra longuement, enleva ses yeux noirs, les posa sur le rebord de la pierre et s’enfonça délicatement dans l’eau, comme à son habitude.

Yvain était assoiffé et surtout il avait très chaud. Il s’approcha de la fontaine, but quelques gorgées en bousculant maladroitement la pierre et fit tomber les yeux de la vouivre au fond de l’eau au moment où elle remontait. La jeune femme sortit sans se préoccuper des pierres précieuses noires. Yvain reconnut la femme qu’il aime et l’appela doucement en lui demandant de revenir dans son château et de redevenir la merveilleuse princesse qu’elle était autrefois. Il était aveuglé par son regard doux comme de la nacre, chaleureux et inondé d’amour.

De retour au château, l’attention du chevalier fut immédiatement attirée par les deux fumées rouges et blanches qui imprégnaient peu à peu des bandes sur le vieux blason décoloré placé depuis toujours au-dessus du pont-levis. Depuis ce temps-là, le blason d’Auneau est rayé de rouge et de blanc.

Aulna retournait régulièrement à la fontaine pour y rencontrer des paysans car une grande nouvelle se répandait dans la région… L’eau de la fontaine était miraculeuse : les blessés qui en buvaient étaient soulagés, les malades guérissaient et les brûlures disparaissaient d’un coup… De plus en plus de croyants vinrent en pèlerinage à la Fontaine où le fils du chaudronnier avait retrouvé la vue en quelques instants.

C’est ainsi que la fontaine s’appela St Maur. Pendant ce temps là, le chevalier entama les travaux de reconstruction du donjon. L’Aunay coulait tranquillement et les paysans vivaient paisiblement en respectant de leur mieux la « Dame Nature »...

 
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