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Chevaux
Écrit par Tsaag Valren   
Lundi, 06 Juin 2011 12:07

 

Crin-Blanc, image de promotion du film

 

 « Au sud de la France, là où le Rhône se jette dans la mer, il existe un pays presque désertique appelé la Camargue, où vivent des troupeaux de chevaux sauvages. Crin-Blanc était le chef d’un de ces troupeaux. C’était un cheval fier et redoutable, à qui tous les autres chevaux obéissaient. Il n’aimait pas les hommes et, s’il le fallait, il savait leur faire face… Mais un jour, les hommes décidèrent de le capturer ».

 Par ces paroles commence un film dont le succès planétaire transformera à jamais une région en quelques décennies. Certes, ici où là, on m'objectera que l'étalon blanc du film n'est pas un animal de légende, puisqu'il a été filmé; capturé, et touché à l'époque par les cinéastes ! Pourtant, tout comme Le Cheval venu de la mer, Crin-Blanc est le digne descendant des hippocampes mythologiques et des palefrois du Sidh...

Il était une fois une petite fille de sept ans nommée Val, à qui l’on offrit la cassette vidéo d’un film en noir et blanc, Crin-Blanc :

 


Alors Val fut fascinée par cette Camargue « sauvage et désertique », par ses marais, par les flamants roses, par les taureaux noirs. Elle dit « un jour, j'irai visiter là-bas un mois entier ! ». Mais-mais-mais l’occasion en presque vingt ans jamais ne vint à se présenter, et Val rêva cette région comme elle rêvait devant le film, souhaitant croiser quelque beau cavalier solitaire sur son destrier. Jean Giono a dit que « l’amour, c’est toujours emporter quelqu’un sur un cheval ». Pas vrai ?

Vint le jour où Val eut enfin rassemblé l'argent pour s’encamarguer dans une ville au nom curieux de La Grande Motte. Sans-doutes une colline élevée au bord de la mer ? Ha, l’erreur ! Ha, l’enfer ! Quelqu’apprenti mythippologue arpenteur~de~chemins~buissonniers plutôt que coureur-de-routes déchante bien vite s'il vient quester dans la Camargue un pays « presque désertique » ! Car il ne reste plus rien des paysages rêvé, tout n'est qu'immeubles modernes érigés par-ci-partout, de bric et de broque gris.

- Où ils sont, les chevaux sauvages qui catacloufent dans les marais ? Où ils sont, les flamands qui s’envolent sur leur passage ? Où ils sont, les taureaux qui te toisent d’un œil noir ? Finch’tu les seuls flamands que j’ai pu croiser, ce sont des touristes belges parlant une horrible langue pleine de doubles A et de doubles E !

- Où ils sont ? Ben dans les réserves ! Faut pas croire tout ce qu’on vous montre à la T.V, petite dame ! Dans les années 1980, on a tué les moustiques avec un produit chimique, et depuis, tu peux librement crêpi-crêper sur la plage ensablée avec des centaines d’autre touristes huileux ! Merci qui ? ... Quoi, on a assassiné l’esprit des lieux ? Les nordistes et les parisiens, jamais qu’ils sont contents, tiens, tsss… Dire qu’on a fait tout ça pour que vous soyez tranquillllles (quilles, quilles, bande de moules !) dans le SUD, pendant vos vacances ! Avant, ma grand-mère disait « tu ne pouvais pas sortir dans la rue puis étendre ton bras plus de trente seconde sans qu’il se couvre d’une armée de dardargnans grouillants à la soif de sang aiguisée ! »

- Comment c’est arrivé ?

- Ma foi, tout ça, c’est grâce à Crin-Blanc, à son succès dans le monde entier ! Alors, des milliers de gens sont venus, comme toi, voir la Camargue de près. Pour mieux les accueillir, des promoteurs ont bâti, rebâti, échafaudé des villes comme la Grande Motte, et puis clôturé les marais !

- Je ne croyais pas possible qu’un pays puisse tant changer en cinquante ans…

Notre Val, fort triste, revint de quelques courses, quittant un magasin semblable à ceux de Paris, arpentant une route macadamée, et splotcha sur le bas-côté pour laisser passer un 4x4. Là, elle vit que sous le macadam, il y avait les marais : « ça alors ! De l’eau plus haut que la cheville ! ». Un plombier du coin vint à passer par là, et comme c’était un plombier philosophe, voyez-vous, il s’y connaissait autant en rencontres chez les gens qu’en problème d’eau. C'est fort rare un plombier philosophe. Il dit à Val comme le réchauffement climatique met la Camargue en première ligne des régions menacées d'engloutissement.

- L’eau nous envahit ! Et comme les hollandais on endigue, on bétonne, on cimente, on blinde, on tente de domestiquer le Rhône et le Vidourle, le Drac et l’Isère, mais tu vois ce sont des rustines qu’on pose là… l’eau finira par gagner, car pas à pas, Crin-Blanc revient de la mer, sur la crête des vagues, grignoter ses terres que les hors-venus lui ont volées !

Merci au plombier philosophe (que je ne citerai car il en rougirait comme une tomate provençale), et à un elficologue à qui j’ai pu emprunter quelques jolis mots !

 
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