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Chevaux
Écrit par Tsaag Valren   
Jeudi, 31 Décembre 2009 01:16

 

 

 

Helhest

 

 Le Helhest (ou Helhesten) devrait parler aux plus germanophones d'entre vous. Dans le Danemark et le Schleswig, ce cheval à trois jambes associé au royaume des morts (Hel) et à la déesse des morts (Hel aussi) est mentionné la première fois par l'un des frères Grimm, puis pendant tout le XIXe siècle. Monté par la Mort, il annonçait la maladie, les accidents et surtout les décès. Il pouvait être le fantôme d'un cheval que l'on enterrait vivant sous les cimetières, afin qu'il revienne guider les morts comme psychopompe. La tradition veut que que toute personne qui voie le Helhest soit sur le point de mourir, c'est la vision du cheval qui s'avérait fatale, ceux qui l'entendaient approcher sur ses trois jambes — le son de ses pas TAC. TAC. TAC étant aussi connu que le grincement de charrette de l'Ankou — ou qui le voyaient étaient aussi sur le point de fermer les yeux et de s'en aller...

Le nom de « Helhest » est issu du vieux scandinave à l'origine de la langue danoise, et signifie littéralement « cheval de Hel », il est toutefois difficile de savoir s'il s'agit de Hel en temps que royaume des morts, ou Hel en temps que déesse des morts. La prononciation de « Hel » est semblable à celle de l'anglais « Hell », l'origine de ces mots est d'ailleurs la même. Le Helhest se rencontre la nuit dans les cimetières, et annonce la mort de toute personne qui le voit. C'est une créature surnaturelle et fantômatique à l'apparence de cheval à trois jambes, mais parfois aussi de cheval sans tête... Il va « dans le cimetière sur ses trois jambes, pour chercher les morts ». La revue des traditions populaires le qualifie de « superstition danoise » et dit que d'après la tradition, il fallait enterrer dans chaque cimetière danois un cheval vivant avant d'y mettre des morts humains, afin que l'animal puisse ensuite se transformer en « cheval de la Mort » et revenir guider les morts sous cette forme.Helhest

Une fatalité proverbiale !

 

Jacob Grimm cite des proverbes danois qui étaient encore d'usage au XIXe siècle dans le nord de l'Europe, ainsi, losque quelqu'un réchappait à une grave maladie, on disait « Han har givet Döden en Skjoeppe Havre » ou « han har afkjöbt sig med Hel », c'est à dire qu'« il a donné un boisseau d'avoine à la Mort » ou qu'il a apaisé la Mort en lui donnant en sacrifice de l'avoine pour son cheval, ou qu'il l'a lui-même achetée à la déesse Hel. De celui qui effectue une course lentement, il était dit « Du er god at skikke efter oe Hel », c'est à dire « vous êtes à envoyer après Hel » !

Au Danemark, le peuple dit en parlant d'un homme qui a peine à marcher qu'« il ira bientôt sur le Helhest ». « Han traeder som en helhest » signifiait « il marche comme un cheval des enfers » et désignait un homme qui marche bruyamment.

Par Helhest, on entend un cheval à trois pieds qui tourne autour du cimetière en portant la Mort...

Le Dictionnaire infernal 

Collin de Plancy cite le Helhest dans son Dictionnaire infernal, en 1845 :

« La mythologie Scandinave donne le pouvoir de la mort à Héla, qui gouverne les neuf mondes de Niflheim. Ce nom signifie mystère, secret, abîme. Selon la croyance populaire des paysans de l'antique Cimbri, Héla répand au loin la peste et laisse tomber tous les fléaux de ses terribles mains en voyageant, la nuit, sur le cheval à trois pieds de l'enfer, Helhest. Héla et les loups de la guerre ont longtemps exercé leur empire en Normandie, cependant, lorsque les hommes du Nord, de Hastings, devinrent les Normands de Rollon, ils semblent avoir perdu le souvenir de leurs vieilles superstitions aussi rapidement que celui de leur langue maternelle. »

Jacques-Paul Migne raconte exactement la même histoire en 1846, dans son encyclopédie théologique. La réédition du Dictionnaire infernal en 1993 mentionne sobrement le Helhest comme un « cheval à trois pieds de l'enfer ».

Près des Cathédrales d'Århus et de Roskilde 

Pierre de Roskilde Cathédrale d'Aarhus

Un anglais se fait raconter plusieurs légendes sur le Helhest par un prêtre danois dans un roman de 1884, le Helhest est alors décrit comme un cheval fantôme à trois jambes que l'on trouve sous les cimetières, et quiconque le voit est promit à une mort prochaine. Un homme vit ainsi un cheval qu'il semblait seul à percevoir près de la cathédrale d'Århus. Il demanda autour de lui qui savait ce que pouvait être cet animal, et celui qui répondit « le Helhest » mourut peu après. On dit aussi qu'à la cathédrale de Roskilde, il y a une petite pierre sur laquelle les visiteurs venaient autrefois cracher parce qu'en dessous, un Helhest était enterré.

Dans le Schleswig 

Au duché de Schleswig, il y a « beaucoup d'histoires à propos du détestable Helhest, qui est tellement redouté par le peuple danois ». On croyait qu'en temps de peste, La déesse Hel ou la Mort rôdait durant la nuit sur un cheval à trois pieds, rependait la maladie et étranglait les hommes, cette phrase était alors inscrite : « Hel chevauche un cheval à trois pattes et détruit les hommes »; ou encore « Un blanc Helhest apporte la pestilence », bien que pour la plupart des danois, le Helhest soit décrit comme noir.

Dans la ballade de Bedelblack

Une ballade danoise du Moyen Âge parle du destin de Bedeblack, qui était selon les versions le fils du roi transformé en cheval par sa belle-mère, un Helhest fait des ossements des morts, ou tout simplement un cheval doué de pouvoirs merveilleux. Il fut envoyé en cadeau au roi du Danemark parmi d'autres chevaux, il s'agissait du plus beau de tous si bien qu'on et ne le nourrissait « que du meilleur grain ». Lorsque le roi partit en guerre, il recommanda à sa femme de prendre bien soin de Bedeblack, mais la reine le priva de nourriture, l'empoisonna et tenta de le tuer. Le cheval s'enfuit, et le roi l'aperçut à son retour sur la rive. Le temps pour lui d'atteindre le rivage, Bedelblack était tombé, mort, sur le sable. Le cheval fut alors enterré avec tous les honneurs.

D'où vient-il ? Helhest

La croyance au « cheval de la Mort » était répandue autrefois dans toute l'Europe du Nord. Jacob Grimm pense que le Helhest était à l'origine la monture de la déesse des enfers Hel, dans la mythologie nordique, mais Régis Boyer affirme que non : le Helhest, c'est juste du folklore... Je ne suis pas tout à fait d'accord.

Sleipnir est la monture de la chasse sauvage, celui qui porte le « père des enchantements, capable de descendre dans les régions infernales ». Odin, qui est le souverain des hommes, selle son cheval et descend dans les enfers souterrains de Hel avec lui. Une vieille étude dit que « Sleipnir est donc aussi le Helhest, ou cheval de l'Enfer, enfourché par Hel quand elle répand tous les maux imaginables sur la terre », mais c'est prendre un gros raccourci. Les surnoms « Hrossharsgrani » et « Jalkr » attribués au Dieu Odin indiquent que celui-ci possède peut-être le hamr du cheval, Odin apparaissait aux forgerons durant les douze jours de Noël, ces derniers devaient alors avoir forgé pour lui trois fers à cheval, faute de quoi, le malheur risquait de s'abattre sur eux. On pourrait rejoindre ici le Helhest... mais il est également issu du souvenir de cette pratique païenne consistant à enterrer un cheval vivant lorsque meurt un homme prestigieux, afin qu'il puisse le guider en restant à ses côtés.Le Helhest est donc, tout comme l'était Sleipnir, l'archétype du cheval psychopompe, diabolisé sous l'influence de la christianisation. 

A l'époque de l'empire romain, un cheval similaire était nommé « Unipe », ou « cheval à un pied ». Le Helhest fait aujourd'hui parti des créatures oubliées, les documents le mentionnant étant tous ou presque datés du XIXe siècle. 

Tsaag Valren, article original en publication conjointe sur Wikipédia.