Lou drapé PDF Imprimer Envoyer
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Chevaux
Écrit par Tsaag Valren   
Jeudi, 12 Août 2010 19:11

 

Aigues Mortes

 C'est d'un cheval que le Fabyrinthe vient vous parler ! Quoi, encore ? Hey, mais un cheval du pays d'Oc, les amis ! Quelle différence, direz-vous ? Outre le fait que lou Drapé s'appelle bien  « lou drapé » et non pas  « le drapé », question de respect, il ressemble beaucoup a ses vilains cousins du Pas-de-Calais et de la Vendée, la blanque jument et le cheval Mallet. En un peu plus gentil, peut-être. Juste un poil.

Question de nom

Pourquoi lou Drapé (lo drapet, en occitan provençal) ? Juste parce qu'ainsi que vous l'aurez deviné si vous êtes un peu sudiste, lou ou lo, c'est l'article « le »). On dit de lui que c'est un drac, comme la plupart des créatures du sud, d'ailleurs. Selon Frédéric Mistral, drapet ou draquet désigne le petit drac, soit un petit lutin en Langue d'oc. Il signale en outre que drapet, à Montpellier (et à peu de distance d'Aigues-Mortes), désigne un revenant, peut-être un fantôme drapé dans un suaire, ce qui pourrait expliquer la parenté — et l'amalgame — entre drapet et draquet.

Questions de lieux

Lou drapé est propre à la ville d'Aigues-Mortes, dans le Gard et la région marécageuse de Petite Camargue. Il se promène autour des remparts de la cité pendant la nuit,ainsi que le raconte le très célèbre Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy en 1818, dans son ouvrage qui recense les créatures démoniaques, le Dictionnaire infernal :

« On donne à Aigues-Mortes le nom de Lou Drapé à un cheval fabuleux, qui est la terreur des enfants, qui les retient un peu sous l'aile de leurs parents, et réprime la négligence des mères. On assure que quand Lou Drapé vient à passer, il ramasse sur son dos, l'un après l'autre, tous les enfants égarés ; et que sa croupe, d'abord de taille ordinaire, s'allonge au besoin, jusqu'à contenir cinquante et cent enfants, qu'il emporte on ne sait où »

On ne sait où il les emporte, mais une chose est sûre, les enfants que prend lou drapé sur son dos n'en reviennent jamais. 

En 1856, Migne, apporte quelques informations complémentaires dans son Encyclopédie théologique :

« Cheval fabuleux dont les habitants d'Aigues-Mortes, en Languedoc, effrayent leurs enfants. C'est comme le croque-mitaine des Parisiens, l'ogre du Petit Poucet de Perrault. Quand lou Drapé, disent-ils, passe dans la rue ou sur un chemin, il ne manque pas de saisir et de mettre sur son dos, l'un après l'autre, tous les enfants égarés ; sa croupe s'allonge au fur et à mesure qu'il faut plus de place, de manière qu'il peut en emporter à la fois cinquante et cent s'il le faut. Où conduit-il ensuite sa charge ?! Ma foi, l'on n'en sait rien ; mais les petits bandits ne peuvent s'attendre à autre chose qu'à recevoir le fouet tous les jours et manger du pain sec. Lou Drapé ou le Drapé est donc non-seulement pour les bambins un objet de terreur, mais encore le thème de leurs plus sérieux commentaires. »

 Question de vie ou de mort


« Qui montera lou Drapé ?

Toi ou moi ?

Celui que lou Drapé emportera, ce sera toi ! »
 
Cette petite comptine d'Aigues Mortes s'est hélas perdue avec le temps. On se souvient parfois de lou Drapé comme du grand cheval blanc fantomatique qui se promène certaines nuits autour des remparts d'Aigues-Mortes et produit un son mélodieux avec ses sabots. Sur son passage, les enfants se réveillent et sortent de leurs maisons, sans un bruit, pour attendre le passage de l'animal hors des portes de la ville. Lorsqu'il passe, lou Drapé prend des enfants égarés sur son dos, les uns après les autres, et il s'éloigne ensuite vers les marais du Grau-du-Roi. Il semble avoir un dos et une croupe de taille ordinaire mais peut les allonger comme le cheval Bayard, et chaque fois les enfants emportés n'en reviennent jamais. On peut penser qu'ils disparaissent, heureux, durant 100 ans au pays des fées si lou Drapé aime les enfants autant que le drac les jeunes filles. En vérité, s'il est parent des blêmes juments et des Mallets, le sort des disparus est certainement moins féérique.
 

Question de (bien)venue

Les origines exactes du Drapé ne sont pas connues, mais ce cheval fantastique semble être de la famille du drac des pays occitans, notamment celui de Baucaire, démon de l'eau qui revêt souvent l'apparence d'un âne ou d'un cheval et évoque le Diable. Le dictionnaire des symboles cite d'ailleurs le drac comme un « beau cheval blanc qui saisit les voyageurs pour les noyer dans le Doubs ». Lou Drapé est propre à la ville d'Aigues-Mortes, où « se jette dans des marécages le terrible Vidourle », connu pour ses crues dévastatrices.

Au trou de Viviès, à trois kilomètres de Narbonne, un cheval fabuleux à la croupe extensible prend un grand nombre d'enfants sur son dos et les enlève, on ne les revoit jamais non plus. Un âne dfu Mas-Cabardès s'allonge l'échine pour accueillir des enfants. Un jour, il traverse une rivière en portant une douzaine d'entre eux et, parvenu au milieu, les laisse choir dans l'eau avant de prendre une autre forme et de se percher sur un rocher voisin, riant du mauvais tour qu'il leur a joué. 

Simple farceur ou diable maudit, lou Drapé ?  Afin de le savoir, peut-être faudra t'il que les enfants se souviennent à nouveau de lui...

Issu de l'un de mes articles à labels sur la Wikipédia, bien sur !