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Esprits & morts-vivants
Écrit par Tsaag Valren   
Vendredi, 01 Mai 2009 22:29

 

Le Cauchemar de Fuseli

 

Il existe de noimbreux êtres du cauchemar, l'un d'eux étant la mara, mauvais esprit (féminin) de la mythologie nordique et du folklore scandinave, ayant la forme d'un diablotin et parfois d'une sorcière. Elle est réputée profiter du sommeil de ses victimes, alors sans défenses, se jeter sur les dormeurs, les étrangler, s'assoir sur eux et les chevaucher. Issue du monde des morts dont elle surgit la nuit, parfois accompagnée d'un cheval surnaturel qui lui sert de monture, elle peut se dématérialiser, passer par les serrures ou sous les portes ainsi que par les portes de placard restées ouvertes. Lorsqu'elle a trouvé une victime endormie, la mara s'asseoit sur son buste et l'écrase de son corps abject, provoquant ainsi des cauchemars et terreurs nocturnes.

Le poids de la mara donne des difficultés à respirer, qui peuvent aller jusqu'à la suffocation. La mara peut aussi chevaucher sa victime et laisser ses montures exténuées et couvertes de sueur au matin. Parfois, elle tire les cheveux d'une bête ou d'une victime humaine en provoquant ainsi calvities et démangeaisons. Mêmes les arbres souffrent des mara qui leur arrachent les branches et les feuilles. Les petits sapins côtiers sont d'ailleurs connus en Suède sous le nom de « martallar » qui signifie sapins de mare.

Plusieurs textes scandinaves parlent de la mara, l'Ynglinga saga de Snorri Sturluson est un exemple :

Il fut pris d'une torpeur et se coucha pour dormir, mais il n'y avait pas longtemps qu'il dormait, qu'il hurla et dit que la Mara le foulait aux pieds. Ses hommes se précipitèrent pour l'aider ; mais lorsqu'ils lui saisissaient la tête, elle lui foulait les jambes de telle sorte qu'elles se brisaient presque, et lorsqu'ils lui saisissaient les jambes, elle lui étouffait la tête, si bien qu'il en mourut.

Dans un livre suédois du XVIe siècle :

Celui qui dort sur le dos est parfois étouffé par des esprits dans l'air qui le harassent de toutes sortes d'attaques et de tyrannies et lui détériorent si brutalement le sang que l'homme gît fort épuisé, ne parvient pas à se ressaisir et pense que c'est la mara qui est en train de le chevaucher.

Le cauchemar était considéré comme une maladie jusqu'au Moyen-âge où il devint un phénomène diabolique. Aux VIIe-IXe siècles, l’Église accusa les nains et les elfes d'être des créatures de la mort déclenchant les cauchemars. Au XIIIe, les nains furent disculpés mais le cauchemar resta toujours considéré comme du domaine de la magie noire. Le Horla, décrit par Guy de Maupassant dans sa nouvelle en est un également :

Un cauchemar m’étreint; je sens bien que je suis couché et que je dors…[…] je sens aussi que quelqu’un s’approche de moi, me regarde, me palpe, monte sur mon lit, s’agenouille sur ma poitrine […]. Moi je me débats, lié par une impuissance atroce […] j’essaye avec des efforts affreux, en, haletant, de rejeter cet être qui m’écrase et qui m’étouffe, je ne peux pas ! [...] Mes cauchemars anciens reviennent. Cette nuit j’ai senti quelqu’un accroupi sur moi et qui, sa bouche sur la mienne, buvait ma vie entre mes lèvres. Puis il s’est levé, repu, et moi je me suis réveillé, tellement meurtri, brisé, anéanti, que je ne pouvais plus remuer.

Le pouvoir de chevaucher des victimes pendant la nuit est aussi attribué aux sorcières et aux succubes.

Sources :

  • Maupassant, Le Horla
  • Claude Lecouteux, « MaraEphialtesIncubus. Le cauchemar chez les peuples et Le cauchemar dans les croyances populaires européennes », « Mara-Ephialtes-Incubus », Études germaniques, janvier-mars 1987.