Qilin PDF Imprimer Envoyer
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Monstres & chimères
Écrit par Tsaag Valren   
Dimanche, 10 Mai 2009 19:41
 
Qilin sur une tapisserie XVIIIe
 
On entend souvent parler du qilin comme de la licorne chinoise. Pourtant, cet aimable animal ne ressemble que très peu à une cavale blanche unicorne ! Le qilin possède généralement un pelage jaune, doux et bon, il est présage de chance et de prospérité. Il accompagne les sages et ne vit que dans des lieux sereins et paisibles. Il fait partie des cinq animaux chinois sacrés avec le phénix rouge, la tortue noire, le dragon azur et le tigre blanc. Le phénix règne sur les animaux à plumes et qui volent, le dragon sur ceux à écailles et qui nagent, le qilin est le roi des animaux à pelage et qui marchent. Présent depuis des temps immémoriaux en Asie, il a peut-être donné naissance aux premiers rapports d'observation de la licorne (alors nommée monocéros) par les explorateurs grecs...

Le pouvoir du nom

Le qilin est également connu en mandarin comme 麒麟 qílín, en

japonais kirin, en vietnamien kỳ lân. est le nom du mâle et lín celui de la femelle, qílín la combinaison des deux. Il est parfois aussi appelé sibuxiang (四不象), ce qui signifie « qui ne ressemble à rien », mais ne semble pas s'en formaliser.

Car c'est un animal doux et aimable

Le Qilin est une chimère, avec son corps de cerf, sa queue de bœuf et sa corne unique (parfois deux) semblable à un bois de cervidé. Elle est enveloppée de chair, contrairement à celle du rhinocéros ou de la licorne européenne. Symbole de sagesse et non arme, elle permet au qilin de séparer les justes de ceux qui ont des faits à se reprocher. Il possède aussi des sabots fendus ou cinq doigts. Généralement jaune, surtout au niveau du ventre il a parfois un pelage tacheté. Le Qilin est l’incarnation même de l’harmonie, grâce à sa voix mélodieuse etsa démarche régulière. Il ne fait aucun pas sans regarder où il met le pied et ne détruit rien sous son sabot, pas même les brins d’herbe. Il ne traverse que les lieux purs et se couche en terrain plat. Végétarien, il est nommé « bête bienveillante » (仁獸/仁兽 rén shòu) ou « bête auspicieuse » (瑞獸/瑞兽 ruì shòu). On prétend qu’il est l’émanation de Taisui, le dieu astral de Jupiter qui gouverne le destin de l’année, et qu’il peut vivre deux mille ans. Le cri du mâle présage l’apparition d’un sage, celui de la femelle le retour à la paix. Le cri d’été est favorable à la croissance des enfants, celui d’automne restitue les forces.

Protecteur des innocents

Malgré son tempérament très pacifique, le qilin peut cracher des flammes et rugir d’une voix de tonnerre pour lutter contre le mal. Il devient extrêmement dangereux lorsqu'il s'agit de protéger des gens mais ne prend jamais la vie des innocents, il les défent au péril de la sienne. Il peut également détrôner un roi qu'il juge mauvais, et communique facilement avec les êtres humains car il parle couramment leur langue. Pour faire la distinction entre les menteurs et ceux qui disent la vérité, le qilin se sert de son don de télépathie. Dans les régions chinoises infestées de bêtes sauvages, on plaçait autrefois l’inscription « Ici demeure un qilin (麒麟在此) » sur les autels pour éloigner le danger.

Kirin emblême des bières chinoises éponymes

L'apparition d'un qilin est toujours un bon signe pour la région, et sa disparition un mauvais. Tuer de jeunes animaux éloigne le qilin, briser les œufs dans les nids fait disparaitre le phénix, et assécher les cours d’eau chasse le dragon. Apercevoir un qilin est signe de bon augure car il représente la paix et l'harmonie, mais aussi la prudence et le discernement.

On raconte qu’un qilin apparut à la mère de Confucius peu avant sa conception et déposa un livre de jade sorti de sa bouche (麟吐玉書). De nombreuses histoires rapportent que le kirin apportait des fils promis à un destin grandiose. Une estampe représente un jeune garçon ou un jeune homme habillé en aristocrate, monté sur un qilin et accompagné de la déesse donneuse d’enfants. Dans le sud de la Chine, des « danses de licorne » avaient lieu pendant la période du Nouvel An, les femmes désireuses d'avoir un fils devaient toucher la frange représentant la barbich

ette du qilin. L’apparition d’un qilin est aussi une promesse de bon gouvernement et un motif de réjouissances. Un qilin blanc serait apparu durant le règne de Han Wudi, il proclama alors une nouvelle ère, celle du « grand commencement » (太始 tài shĭ, 96-93 av. J.-C.). Il fit fondre une nouvelle monnaie d’or appelée « empreinte de qilin » (麟趾金) et bâtir un pavillon du qilin (麒麟閣) dans le palais de Weiyang (未央宮).

Dans l'art et jusqu'au Japon

Kirin

Les plus anciennes sculptures de qilin les montrent avec un corps couvert d’écailles, des sabots de bœuf et, contrairement aux descriptions des textes, plus souvent une paire de cornes qu’une corne unique. Les cornes (ou la corne unique) sont en général couchées vers l’arrière suivant la crinière traitée à la façon de flammes. Du feu sort parfois de la bouche, ainsi qu’un livre comme dans la légende de Confucius, mais il s’agit ici d’un soutra. Sous les Qing (1644–1911), les cornes se dressent comme celles d’un cerf, la licorne a souvent une barbichette et une queue de lion. Les kirin japonais sont très semblables aux qilin des Qing. On trouve souvent les qilin aux abords des temples et des palais ; l’impératrice Wu Zetian en avait placé une sur la tombe de sa mère. Sous les Qing, le costume des fonctionnaires militaires de premier grade portait le qilin sur les manches. Les « animaux saluant la licorne » était un motif de broderie prisé pour les jupes des dames de la haute société.

Le kirin est bien connu dans la culture japonaise, où il porte parfois sous le nom de ikkakujū, contraction de ichi (« un »), kaku (« corne ») et , (« bête »). Kirin est aussi le nom de la girafe en chinois, et celui de l’une des trois plus grandes marques de bière (Kirin Brewery Company) à laquelle il sert de logo. Des personnages de dessin animé s’en inspirent, comme les kirin des Douze Royaumes ou Shishi Gami dans Princesse Mononoké.

 

12 royaumes

 

Dans la série Les 12 royaumes, les kirin sont des animaux sacrés capables de prendre forme humaine. Leur corne renferme tout leur pouvoir et ils détestent qu'on leur touche. Le nombre de kirin ne peut pas dépasser 12 puisqu'il y en a un par royaume. Chacun a pour tache de désigner l'empereur de son royaume, qui devient alors immortel. La vie du kirin est étroitemet liée à celle de son empereur : si l'animal sacré meurt, l'empereur disparaît peu après. Par contre, l'inverse n'est pas vrai. En temps qu'animaux de nature divine et d'une grande bonté, les kirin ne supportent ni l'odeur ni la vision du sang et peuvent s'évanouir à son contact. Ils sont aussi extrêmement fiers et ne s'agenouillent jamais devant un autre que leur empereur. Enfin, ils peuvent passer des pactes avec des youmas (démons) qui deviennent leurs serviteurs. En contrepartie, le youma a le droit de dévorer le kirin après sa mort.

Crédits :  Le kirin couché est une illustration de Akihiro Yamada. Je n'ai pas réussi à retrouver l'auteur de l'avant-dernière image de l'article. Si vous le connaissez ou souhaitez que je la retire, merci de me contacter.

Un article de wikipédia est consacré à cette superbe créature, je l'ai rédigé en partie.