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Monstres & chimères
Écrit par Tsaag Valren   
Vendredi, 20 Novembre 2009 04:17

 

Mermecolion

Le mermecolion, également nommé fourmi myrmidon, formicoleon ou myrmécoléo, possède la tête d’un lion et le corps d’une fourmi. Il est évoqué dans une série de descriptions des bestiaires médiévaux où il se raconte la partie lion de son corps mange de la viande que la fourmi ne peut digérer, et condamne cet étrange hybride à mourir de faim...

Au début, tout début, fut un mot : Mercolion. Le Mahâbhârata , un texte écrit en sanskrit, est le premier qui y ferait référence. Hérodote et Pline l’ancien en reprennent la description de cette créature :

« En traversant une zone clairsemée de bois et de prairies, nous rencontrâmes le mermecolion, créature hybride merveilleuse, mi-lion, mi-fourmi. Cette espèce naquit de la semence du lion tombée à terre et ayant imprégné les œufs de fourmis. »

— Pline l'ancien

Chez les chrétiens, le verbe se fait chair, « mermecolion » n'était peut-être qu'une mauvaise traduction de la Septante (l'une des premières versions de la Bible en latin) : le mot lajisch, signifiant lion en hébreu, a été retranscrit par un autre mot suggérant une fourmi-lion. Dans les forges linguistiques naquit le « myrmécoléo », sans doutes appuyé par les écrits d'Elien et Strabon, qui évoquent tous deux un lion arabique sous le nom de myrmex, signifiant « fourmi » en grec ancien. La toute première mention du mermecolion dit que :

« Le fourmi-lion meurt par manque de proies »

 

— Septante, Livre de Job IV

Mais qui est donc ce fourmi-lion ? Un hybride de lion et de fourmi ? Un prédateur des fourmis ? On le sait, le fourmilion est un insecte bien réel, chassant les fourmis. Est-il né avant l'animal des légendes ? L'est-il ? Celà, les expéditionnaires du Fabyrinthe l'ignorent. Dans les premières versions du Physiologus, on nous dit que le mermecolion est un être hybride possédant la tête d’un lion et le corps d’une fourmi, et nait du croisement entre ces deux animaux

« Le physiologue traite du fourmi-lion ; le père a la forme de lion, la mère de fourmi; le père se nourrit de viande, et la mère d'herbes ; Et ceux-ci engendrent le fourmi-lion, qui est mélange des deux et qui ressemble aux deux, car la partie antérieure est de lion, la postérieure de fourmi. Ainsi constitué, il ne peut pas manger de viande, comme le père, ni d'herbe, comme la mère ; par conséquent, il meurt. »

Gervais de Tilbury ajoute que le mermecolion naît sur une île de la mer rouge. Ces fourmis myrmidons sont de la taille d’un petit chien, elles ont le corps et les dents noires, six pattes et le milieu du corps comme celui d’une langouste. Chercheuses d’or, elles dévorent quiconque s’approche à leur portée et « sont si rapides qu’elles semblent voler ». Dans un livre du XXe siècle, Bestiario de Javier Tomeo, le narrateur converse avec une fourmi rousse et fait allusion au mermecolion décrit par Gervais de Tilbury :

— Est-il possible, demandé-je à la minuscule fourmi, que tu descendes de ces chercheuses d'or, grosses comme des chiens, qui vivaient en Éthiopie ?

— Je ne sais pas de quelles fourmis tu parles, et je m'en moque, me répond-elle, mais je peux t'assurer que je n'ai pas de temps à perdre avec les généalogies.

Un manuscrit du Xe siècle, le récit des voyages de Gervais de Tilbury puis le Bestiaire divin de Guillaume le Clerc de Normandie viennent s’ajouter aux rares écrits décrivant le mermecolion.  Je vous conseille de consulter l'ouvrage de Josy Marty-Dufaut, Les animaux du Moyen Âge réels et mythiques, paru chez Autres temps, 2005, ou celui de Jorge-Luis Borges, Le livre des êtres imaginaires, aux Éditions Gallimard.

L'article sur le mermecolion dont ces informations sont tirées a fait partie de la sélection de mon équipe pour le wikiconcours de septembre 2009.