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Thérianthropes
Écrit par Tsaag Valren   
Lundi, 05 Octobre 2009 00:53

 

Manticore

 

La manticore est une créature de nos bestiaires, de nos romans et de nos jeux de rôles aussi étrange par son apparence que par son histoire. Issue, à l'origine, de la mythologie perse, cette terrible bête était déjà réputée manger des humains pour n'en rien laisser, ni vêtements, ni os. La grande particularité de ce lion à visage humain, pourvu de trois rangée de dents acérées, est aussi de projeter de nombreux dards venimeux avec sa queue, et des secréter un puissant venin capable d'endormir, de maudire, de causer des maladies... ou de tuer.

 


Définir une manticore est un exercice bien difficile, il faut pour celà survivre à l'observation, après quoi certains vous diront qu'il s'agit d'un monstre au corps de lion, avec une fourrure rouge ou brune rougeâtre, la tête d'un humain ensanglanté, (souvent avec des cornes, Ma,ticore couleurdes yeux bleus ou jaunes et trois rangées de dents qui s'étalent d'une oreille à l'autre en donnant à cet animal le sourire du "Joker", ainsi qu'une queue de scorpion ou de dragon. La manticore est incapable de voler (fort heureusement, auquel cas elle en finirait avec le genre humain), mais possède parfois de petites ailes de chauve-souris, les plus petites font la taille d'un lion, les plus grandes celle d'un cheval. Sa principale caractéristique est sa capacité à projeter des dards venimeux pour immobiliser ses proie, et pire si non-affinité.

La manticore est d'origine perse, et son nom pourrait être issu de mardikhouran, « mangeur d'hommes », ou de martya, « homme », et xvar, « manger », qui signifie aussi... « mangeur d'hommes ». On trouve le nom de manicore, au féminin comme au masculin. Dès l'origine, elle est décrite comme une bête mangeuse d'hommes. Sa présence dans de nombreuses légendes européennes européenne serait due au médecin grec Ctésias, qui séjourna à la cour d'Artaxerxès II, au IVe siècle av. J.-C., et qui en parla dans Indika, son ouvrage sur l'Inde connu de plusieurs auteurs grecs, mais perdu depuis. L'historien grec Pausanias ne croyait pas à la manticore puisqu'il écrit dans ses Descriptions de la Grèce :

« Quant à la bête décrite par Ctésias dans son Histoire indienne et qu'il dit être appelée martichoras par les Indiens et « mangeuse d'hommes » par les Grecs, je suis amené à penser qu'il s'agit du tigre. Mais du fait qu'elle a trois rangées de dents dans chacune de ses mâchoires, et des pointes au bout de sa queue avec lesquelles elle se défend en combat rapproché et qu'elle tire comme les flèches d'un archer sur ses ennemis lointains, je pense qu'il s'agit d'une fable que se transmettent les Indiens à cause de leur crainte excessive de la bête. »

Le célèbre encyclopédiste Pline l'Ancien ne partage pas le scepticisme de Pausanias car, tous comme Aristote , il inclut le martichoras (qu'il retranscrit par erreur en manticorus en copiant Aristote, d'où le terme actuel) parmi les animaux qu'il décrit dans son Naturalis Historia

« Il y a parmi les éthiopiens un animal appelé manticorus; il a trois rangées de dents qui s'enchevêtrent comme celles d'un peigne, visage et oreilles d'homme, yeux bleus, corps cramoisi de lion et queue qui finit en aiguillon, comme celle des scorpions. Il court avec une grande rapidité et il est très amateur de chair humaine; sa voix ressemble aux sons mêlés de la flûte et de la trompette »

Pline l'Ancien, Histoire naturelle.

Manticore bestiaireLa créature se trouvait parait-il dans toutes les régions semi-désertiques de Perse et de mésopotamie, jusqu'en Grèce et à la chaîne de l'Atlas en Afrique du nord.  Elle tue sa victime d'un coup de dents, de queue ou de griffes avant de l'avaler tout entière et de n'en rien laisser. C'est pourquoi, lorsqu'un homme disparaît sans laisser de trace, cela ne peut être que l'œuvre d'une manticore... Les bestiaires médiévaux reprennent pour la plupart les descriptions de Pline, et rendent la manticore assez populaire. Bruno Latini donne quelques précisions sur cette créature qui « plus que tout, aime manger de la chair humaine. Elle s'accouple de façon à ce que tantôt l'une se trouve dessous, tantôt l'autre ». Flaubert mentionne aussi une manticore dans les dernières pages de La Tentation de saint Antoine :

« La manticore, gigantesque lion rouge, à figure humaine avec trois rangées de dents : les moires de mon pelage écarlate se mêlent au miroitement des grands sables; Je souffle par mes narines l'épouvante des solitudes. Je crache la peste. Je mange les armées, quand elles s'aventurent dans le désert. Mes ongles sont tordue en vrille, les dents sont taillées en scie; et ma queue, qui se contourne, est hérissée de dards que je lance à droite, à gauche, en avant, en arrière, Tiens ! Tiens ! La manticore jette les épines de sa queue, qui s'irradient comme des flèches dans toutes les directions. Des gouttes de sang pleuvent, en claquant sur le feuillage. »

Flaubert, La Tentation de saint Antoine.

Cette bête a retenu l'attention de la société royale de cryptozoologie de Londres, qui situait les derniers représentants de l'espèce dans des montagnes inaccessibles au centre de l'Iran. On dit de nos jours que la manticore habite encore les forêts tropicales d'Afrique et d'Asie, surtout en Indonésie.Manticore2

Le livre de Pline fut considéré comme une référence au Moyen Âge, et les manticores furent parfois représentées dans les bestiaires illustrés. La bête réapparait aussi au XVIe siècle en héraldique et influence certaines représentations maniéristes, parfois des peintures, mais le plus souvent des fresques appelées grotteschi), où l'on voit le péché de tromperie représenté sous les traits d'une chimère ayant le visage d'une belle femme, traits que l'on retrouve dans les dessins du sphinx en France aux XVIIe et XVIIIe siècles. La manticore partage la symbolique des créatures thérianthropes dans le sens où elle a un visage humain mais un comportement complètement inhumain et bestial...

Au XIIIe, Richard de Haldingham a représenté une manticore dans sa mappa mundi, que l'on peut encore voir dans la cathédrale de Herefort. Salman Rushdie met également plusieurs fois en scène un manticore dans Les versets sataniques. Aujourd'hui, elle est inclue dans le bestiaire de nombreux jeux de rôle, notamment celui de Donjons et dragons

Bibliographie : Jorge Luis Borges : Le livre des êtres imaginaires.

L'article de Wikipédia sur la manticore a fait partie de ceux qui ont été complétés par les soins de mon équipe dans le cadre d'un concours en septembre 2009.