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Rencontre avec Dame Nora, conteuse de son état, 25-09-10 PDF Imprimer Envoyer
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Conteurs
Écrit par Tsaag Valren   
Samedi, 25 Septembre 2010 09:07

Dame Nora

Si beaucoup explorent l’imaginaire avec les yeux, il en est qui préfèrent vous inviter à ouvrir vos oreilles toutes grandes. C’est le cas de dame Nora, conteuse de Brocéliande depuis de nombreuses années, qui travaille entre autres pour le centre arthurien. Elle a eu la gentillesse de répondre à nos questions et d’assouvir l’insatiable curiosité des expéditionnaires du Fabyrinthe sur la profession de conteuse, le tout dans une interview qui, vous le verrez, n’a rien d’ordinaire !

Tsaag Valren : Bien le bonjour, dame Nora. Comment êtes-vous venue à cette étonnante profession qu'est conteuse, dites-moi ?

Dame Nora : Je suis tombée dedans, voyez-vous, lorsqu'enfant je n'avais pas d'oreilles pour entendre les lourds secrets.

T.V : Ce n'est pas par amour des histoires que l'on vous racontait durant l'enfance ?

D.N. : Si, mais en fait, c'est mon amour pour moi (!!) qui m'a poussée à me raconter des histoires de mondes étranges, afin de m'évader comme —  et autant de fois — que je le désirais… pas uniquement des mièvreries sucrées, mais aussi des mondes nébuleux, sombres, brillants. Ils firent que les mois, les années ont passés et une fois devenue adulte, ayant réglé les comptes avec moi-même, les contes me sont apparus comme des mots à poser sur tous les maux....

T.V : Si je comprends bien, vous êtes autodidacte et n'avez suivi aucune formation ?

D.N. : Des formations de théâtre, de chants, de danses… j'ai suivi des stages, mais (ne me jugez pas prétentieuse !) les formateurs me disaient que je n'en avais pas besoin. Ce sont plutôt eux qui m'ont envoyée vers le professionnalisme. C'est ce que je fais, car c'est ce que je suis, pas d'artifices.

T.V : Si je comprends bien, pour vous, conter est plus un don de naissance que le fruit d’un apprentissage ?

D.N. : Il me semble que certains ont des prédispositions à « dire ». Ensuite, vient le travail pour « placer sa voix », « jouer avec son corps »,  « travailler le silence »… et là, il s'agit d'un apprentissage qui s'apparente au théâtre. C'est un monologue étrange où une alchimie se créée entre le public et le conteur. Même si l'on à prévu un « programme », il nous faut quelquefois le faire évoluer, voire le modifier en fonction de l'écoute. Un conteur ne joue que très rarement sur une scène, il est en général proche des gens à qui il conte. Il « perçoit » certaines ondes, propices ou non, à ce qu'il a imaginé raconter. Pour ce qui me concerne, je me nourris littéralement des yeux, des émotions, des rires, et des réactions du public. Je ressors de mes contées, épuisée et en même temps pleine d'une énergie recueillie qu'il me faut prendre le temps de poser avant de me reposer.

T.V : Celà me rappelle le jour où j’ai écouté Pierre Dubois conter pour la première fois, et où je me suis dit que c’est vraiment le meilleur que je connaisse.

D.N. : Peut-être est-ce celui qui correspond le mieux à votre aura. Tout pour moi n'est qu'une question d'oreille, tel conteur m'émouvra par tel conte, alors que le même conteur dans un autre conte ne me « parlera » pas. Je crois, mais je peux me tromper bien sur, que ce conte qu'il aura dit et qui m'aura émue, viendra du fait que lui même sera touché par ce qu'il conte.

T.V : Le conteur doit donc avant tout parler de ce qu'il aime le plus ?

D.N. : J'ai une oreille (HÉLAS) très sensible à l'âme humaine (j'insiste sciemment), mes cils ne vibrent que lorsque l'archer qui joue sur cette âme joue la bonne note, c'est mon avis... mais comme je vous le dis, cela n'est qu'un avis parmi des centaines d'avis !

T.V : Bon nombre d’écrivains affirment qu’ils écrivent avant tout pour « donner » et être aimés. Vous pensez que c’est pareil chez les conteurs ?

D.N. : L’échange est indispensable et je ne peux donner que si je reçois. Comme j'ai la grande chance de beaucoup recevoir, je donne sans compter (ah ! ah !), mais c'est tout de même vrai.

T.V : En parlant d’échange, j’aimerais vous raconter une histoire… Il y a de cela facilement 20 ans, un jeune homme se retrouve moniteur de centre aéré sans jamais avoir songé au métier de conteur (fort mal reconnu par ailleurs). Ses qualités sont louées par ses supérieurs, c'est donc à lui qu'ils demandent de raccompagner une vingtaine d'enfants à la petite gare de campagne pour le retour. Seulement, malheur ! Leur train est supprimé alors que le bus repart, les voilà bloqués quatre heures en rase campagne. Là, notre pauvre moniteur commence à angoisser sévèrement, se demandant comment il va tenir ses 20 enfants 4 heures durant. Vient l’idée : il les fait tous s'asseoir et, puisqu’il est de culture allemande, leur raconte le joueur de flute de Hamelin. Aucun des enfants ne bouge. Il enchaîne avec Till l’espiègle, et puis tout son répertoire y passe, entorses, inventions et improvisations comprises,  le train arrive que les enfants en redemandent ! D'où cette question que, je pense, tout conteur s’est déjà posée : Doit-on réinventer le conte en permanence ?

D.N. : Les contes appartiennent aux vents qui les dispersent à leurs bons vouloirs, à qui veut bien les entendre et les répéter. Ils sont souvent modifiés pour ne pas voir tout saisi, et comme pour les chainons ADN manquants, les conteurs mettent un chromosome qui les arrange pour terminer l'histoire.

T.V : Je vous aurai volontiers écoutée, mais ne me souviens pas vous avoir vue fin juillet au centre arthurien. Peut-être me trompe-je ?

D.N. : Non, j'y étais en mai. En 2011, j'ai 3 dates « provisoires » qui sont les 15 mai, 29 mai, 17 juillet, et 21 aout. Le reste du temps, on me retrouve un peu partout en France, dès que des oreilles trainent, hop hop hop, j'accoure !

T.V : Merci beaucoup, Dame Nora, pour ces fabuleux éclaircissements sur votre métier, et au plaisir de se recroiser par les chemins de traverse du Fabyrinthe, sur un salon, ou au centre arthurien !

D.N. : Suilad à vous et aux vôtres !

Pour savoir où écouter Dame Nora, vous pouvez poser un œil attentif sur son blog : http://damenoraconteusebroceliande.unblog.fr/

 
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