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Bernard Simonay 07-01-10 PDF Imprimer Envoyer
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Écrivains
Écrit par Tsaag Valren   
Jeudi, 07 Janvier 2010 11:07

 

Chez lui, c'est Bernard qui cuisine !

 

Bernard Simonay est un auteur très éclectique, il touche aussi bien à la fantasy qu'au roman policier, de terroir ou d'aventure, et récemment aux kelpies écossais. C'est grâce au cycle de Phénix qu'il s'est fait connaître, en obtenant les prix Cosmos 2000 et Julia Verlanger en 1987, à une époque où auteur de fantasy français rimait quasiment avec impossible.

Tsaag Valren : Bonjour, M. Simonay, pourriez-vous vous présenter rapidement aux personnes qui ne vous connaissent pas ?

Bernard Simonay : Je suis un écrivain qui vit exclusivement de sa plume, ce qui est assez rare aujourd’hui. Bien que j’aie commencé par écrire des romans fantastiques, je ne me considère pas comme un auteur de SF ou de fantastique, mais comme un romancier qui refuse de rester enfermé dans un genre ou un autre. C’est la raison pour laquelle j’ai écrit des romans se situant dans des contextes très variés, fantasy, bien sûr, mais aussi historiques, exotiques ou policiers. Ce qui m’intéresse avant tout est l’être humain. Le décor, quel qu’il soit, n’est rien d’autre qu’un décor. Ce qui n’empêche pas de bien s’amuser avec.  

T.V : J'ai pu remarquer que les cultures anciennes, l'histoire, et la mythologie ont une grande importance dans tous vos romans. C'est une passion qui vient de vos études ? Vous auriez aimé faire un autre métier, comme celui de folkloriste, ou celui d'historien, si vous n'aviez pas été écrivain ?

B.S : L’histoire et la mythologie me passionnent, et en général tout ce qui touche à l’être humain. Curieusement, j’ai fait des études scientifiques après avoir passé un bac C (S de nos jours). En réalité, j’ai été mal orienté. J’aurais dû me retrouver en littéraire, avec option scientifique. Mais je ne l’ai compris que bien plus tard. Et la branche littéraire était déjà considérée comme le parent pauvre de l’éducation nationale. C’est une imbécillité totale, mais c’est comme ça. Si j’avais du exercer un autre métier, j’aurais certainement été compositeur. Je suis également passionné par la musique, et je joue du piano et de la guitare. J’ai même composé quelques morceaux dans le style New Age. Mais je ne suis qu’un amateur dans ce domaine.

Quant au métier d’historien, je reste perplexe. Pourquoi pas, mais ce sont des gens dont je me méfie un peu. Certains que je connais ont développé une bizarre propension à estimer qu’ils étaient les seuls à détenir LA vérité. Or, je pense qu’une des qualités primordiales dans ce métier – comme dans le métier d’écrivain –, est l’humilité. C’est-à-dire la capacité de se remettre en question. C’est pourquoi je les ai un peu égratignés au passage dans mon dernier roman, LA PROPHETIE DES GLACES. Ce qui m’a valu quelques réflexions acides de quelques-uns. Cela m’amuse beaucoup. Les historiens (pas tous, quand même !) sont gens plus cartésiens que Descartes lui-même, qui refusent d’envisager que l’Histoire ait pu se dérouler autrement que de la manière dont ils le croient. En particulier, ils nient l’existence de toutes les énigmes historiques qui les dérangent (voir LA PROPHETIE DES GLACES ou ANTILIA). Ces mêmes historiens, imbibés des idées de l’Eglise du Quinzième siècle, pensaient que la Terre était plate et que le soleil tournait autour, et ils brûlaient les hérétiques qui pensaient que, peut-être, elle pouvait être ronde. Les exemples de leurs erreurs ne manquent pas.

Non, pas historien ! 

T.V : Vous avez un point commun avec un autre auteur que j'aime beaucoup, Pierre Saviste, un grand créateur de néologisme qui exerce pourtant le métier de... comptable (rien à voir donc). Vous avez une excuse logique (études de linguiste, ou encore admiration pour Tolkien) pour nous faire autant de néologismes dans vos romans ? Ou cela vient tout seul ?

B.S : Une explication, toute simple : j’adore la langue française et j’aime jouer avec. Et non, cela ne vient pas tout seul. J’accorde beaucoup d’importance aux symboles. C’est pourquoi, dans beaucoup de cas, les néologismes, de même que les noms de personnages et de lieu, ont une signification cachée, un sens symbolique. Je vais prendre un exemple. Dans la seconde partie de Phénix, Dorian et ses compagnons doivent traverser un marais extrêmement dangereux. Leur guide indigène dit que « les dieux exigent une vie pour le passage ». Dorian, bien entendu, refuse de pratiquer un sacrifice humain. Mais le guide lui répond que cela se fera tout seul. Et effectivement, au cours d’une traversée périlleuse, un soldat meurt. Le nom de ce soldat est « Lamb ». Or, en anglais, lamb signifie agneau. L’agneau du sacrifice. Son nom n’était pas un accident.

Autre exemple, le nom de l’héroïne du prochain roman à paraître le 21 janvier prochain, LES ENFANTS DU VOLCAN, est Noï-Rah. Il se traduit par « Celle qui apporte la lumière ». Il est formé à partir à partir du mot Noï, qui rappelle le new anglais ou le neu allemand, ainsi que le « neuf » et le « nouveau » français. C’est la même racine, neo. Quant à Rah, c’est une déformation du nom du dieu égyptien du soleil et de la lumière, Râ. Le nom de l’héroïne a donc une signification. Ce n’est pas innocent.

Nombre des noms créés ont ainsi une justification (pas tous), parce que j’adore l’étymologie et j’essaye toujours d’apporter un petit plus pour le plaisir de mes lecteurs (et le mien !) Cependant, je me rends compte que ce travail reste souvent ignoré de la majorité de mes lecteurs, qui n’ont pas forcément le temps de chercher la signification cachée. En revanche, je sais que certains d’entre eux relisent plusieurs fois mes romans pour tenter de dénicher ces mots.  

T.V : On trouve des thèmes récurrents en filigrane dans tous vos romans, notamment l'idée selon laquelle les anciens "en savaient beaucoup plus" que nous, du haut de notre science. Pour donner un exemple que je connais, j'ai lu récemment dans la presse que les méthodes exposées dans un traité pour entraîner et soigner les chevaux rédigé en - 1500 (par un certain Kikkuli) avaient été appliquées il y a quelques années pour le sport équestre en donnant de meilleurs résultats qu'avec nos méthodes modernes. On retrouve cette idée de savoir perdu dans tous vos textes, quelle est donc votre théorie personnelle là dessus, et les raisons qui font que, selon vous, des savoirs anciens se sont perdus ?

B.S : Je ne pense pas que les Anciens en « savaient beaucoup plus que nous ». Mais ils bénéficiaient d’expériences vieilles de plusieurs millénaires et avaient acquis des connaissances dans certains domaines, comme le soin des chevaux, que vous citez, et dans bien d’autres. Le khôl des Egyptiens, par exemple, n’était pas uniquement destiné au maquillage. Il contenait des substances propres à protéger les yeux, à tel point que les laboratoires de cosmétologie modernes s’en inspirent largement.

En vérité, je pense qu’une grande partie du savoir des Anciens a été perdu au fil des siècles, soit par ignorance, à la suite de l’action de l’Histoire, guerres, intolérance religieuse, évolution technologique ou tout autre circonstance. Le tort des historiens est de penser que ce qui a été perdu n’a jamais existé. C’est une erreur. Il ne faut pas perdre de vue que les hommes d’il y a cinq ou dix mille ans possédaient un cerveau et une intelligence aussi développés que les nôtres. Si on pouvait voyager dans le temps et ramener un bébé de cette époque « préhistorique », et qu’on lui donne une éducation moderne, il ne se distinguerait pas des autres enfants.

Les connaissances des Anciens étaient donc certainement plus importantes qu’on ne le croit. Cela ne veut pas dire qu’ils possédaient un niveau technologique aussi élevé que celui que je décris dans les Enfants de l’Atlantide, par exemple. Mais on peut supposer que, dans certains domaines, ils étaient plus en avance que nous. 

T.V : Si vous pouviez vous téléporter là, tout de suite, en claquant des doigts, à l'époque et dans le lieu que vous aimeriez le plus visiter, ce serait où ? Et quand ? Et pour faire quoi ?

B.S : Vaste question. Il y a tellement de lieux que j’aimerais visiter, et à différentes époques. Égypte, à l’époque de Djoser, j’y suis déjà allé… par l’écriture. J’aime aussi beaucoup le Moyen-Âge. Le Dix-neuvième siècle, également, à une époque où le développement technologique faisait rêver et permettait de voyager dans des pays totalement inconnus. Aujourd’hui, la totalité de la planète a été repérée, visitée, cartographiée, découpée en tranches, lacérée par des frontières que seuls les hommes sont capables de voir. Autrefois, il existait des lieux inconnus, vierges de l’empreinte humaine. La véritable aventure était là. Ce temps-là est fini. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles j’écris : pouvoir me transporter dans des lieux inconnus, non balisés par les Club Med et autres saccageurs de rêves.

Et pour quoi faire ? Eh bien, vivre, tout simplement. Je n’ai pas le courage de mes héros (ni les pouvoirs !) En revanche, j’aimerais rencontrer les gens, bavarder avec eux, les comprendre, partager de bons moments avec eux. Ils auraient certainement beaucoup à m’apprendre.

T.V : Un mot à propos de votre prochain livre ?

B.S : Le prochain roman n’a pas l’ambition de LA PROPHÉTIE DES GLACES, mais je m’amuse beaucoup à l’écrire. Il s’agit d’une histoire policière qui se déroule en 1957, en Écosse. C’est un roman policier, avec quelques meurtres horribles et, en toile de fond, une vieille légende écossaise sur les fantômes et sur les chevaux ondins (les kelpies). Il s’appellera LES AMANTS DE FEU et paraîtra à la rentrée (août ou septembre). 

T.V : Merci à vous pour tous ces éclaircissements et ces pistes ! 

B.S : Amitiés  à tous 

Photo issue du site officiel de Bernard Simonay, avec son aimable autorisation.   

 
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